LES REPRESENTATIONS PORNOGRAPHIQUES

 

PARTIE II: LES STANDARDS ESTHETIQUES DE LA PORNOGRAPHIE

 

« Exceptés les corps laids, difformes, obèses, qui sont recherchés précisémment pour leurs défauts, les acteurs et actrices pornos sont quasiment hors norme. Comme sortis d’un défilé de corps sous Cellophane. Corps astiqués, sexes épilés… Ça suinte l’hygiène, même dégoulinant de sperme, ça ne sent pas la vraie vie, car, la vraie vie, elle est faite de mystère, de rugosités, de salissures, de flétrissures, de corps bien réels et de pénis au repos »
Source : La nouvelle guerre du sexe, Elisabeth Weissman, Stock Les Documents, 2008.

 

Introduction: du standard morphologique au standard esthétique

 

Il y a bientôt 65 ans, Larry Flint et Hugh Hefner, respectivement créateurs des magasines Playboy (1953) et Hustler (1974), créaient le stéréotype de l'icône pornographique contemporaine: une jeune femme grande, le plus souvent blonde, et dotée de formes généreuses. Cette dernière incarnait une certaine idée de l'Amérique, celle des "filles de la campagne", souriantes et "naturelles".

 

Flint et Hefner souhaitaient vendre une pornographie "joyeuse", "rafraîchissante"; les modèles arboraient donc des sourires forcés, malgré le caractère complètement incongru de nombre de poses qu'on leur demandait de prendre. Il fallait proposer aux lecteurs un produit lumineux, séducteur, apte à emballer la masse, et aussi finalement, capable d'éviter les scandales.En effet, après quelques débuts tapageurs, Playboy et Hustler n'ont finalement plus vraiment fait de vague. "Leur" porno était parfaitement connu, maîtrisé, disséqué. Une codification à l'extrême qui en devenait presque rassurante, et qui tenait en deux idées: une façon de représenter les corps (le choix de modèles quasiment substituables à l'infni), et une façon particulière de les mettre en scène (voir à ce titre l'article "Les représentations dans les magasines pornographiques")

 

Ce modèle a connu une quasi hégémonie jusqu'à la fin des années 70. Il faut dire qu'il était facile pour Playboy et Hustler d'imposer leurs standards. Lors de leurs créations respectives, la pornographie sortait à peine de son ghetto. Mais, à partir des années 80, les supports de diffusion du X ont commencé à se multiplier: la VHS, puis les premiers porno à la télévision, le DVD et enfin Internet... Autant de médias qui ont à chaque fois, un peu plus rogné le mythe de la playmate.

 

Le coup le plus rude est venu d' Internet, qui offre à l'amateur de porno du X en quantité illimitée, gratuit, et ce en toute discrétion. On ne le répétera jamais assez: le royaume du porno, aujourd'hui, c'est le Net. La presse magazine n'est plus qu'un vecteur de deuxième catégorie, loin derrière le Web. Les historiques Playboy et Hustler ont même dû eux même faire face à une dégringolade des chiffres de vente de leur éditions papiers. Les deux groupes ont d'ailleurs déjà recentré une grande part de leur activité dans des secteurs jugés plus porteurs (lignes de vêtements, produits dérivés, clubs, sites Internet...). Finalement, en octobre 2015, Playboy annonce qu'il ne publiera plus de photographies de femmes entièrement dénudées, la concurrence du Net l'obligeant à abandonner ce marché, et à tenter de se rapprocher d'une presse "érotique" pourtant elle-même en perte de vitesse.

 

Surtout, le Net a accéléré la double évolution du contenu pornographique, déjà entamée par la vidéo dans les années 90.

- La mutation vers un produit beaucoup plus violent. La facilité d'accès, la facilité de réalisation, mais aussi l'absence quasi complète d'encadrement juridique ainsi que la surenchère glauque dans laquelle s'est engluée la pornographie online, ont entraîné la généralisation d'un X toujours plus violent, que le simple terme de hardcore ne suffit plus à décrire (voir à ce titre l'article Les représentations pornographiques, partie I: Une sexualité phallocratique et violente).

- La mutation vers un produit beaucoup plus brouillon. Réaliser une vidéo X n'est désormais ni coûteux, ni bien compliqué. Cela ne nécessite ni capacités techniques particulières, ni dons d'écriture scénaristique. Produire du porno est aujourd'hui à la portée de n'importe qui équipé d'une caméra et de volontaires acceptant de se prêter au jeu.

 

Sous l'effet de cette double mouvance, les mises en scène des films X ont dévié vers quelque chose qui n'a plus grand chose à voir avec les premières productions Playboy ou Hustler. Le porno s'est, en quelque sorte, divisé en deux familles:

 

-d'un côté, le porno mainstream, ou "grand public", promus par ceux qui se mettent souvent en avant comme les esthètes du genre, comme par exemple Marc Dorcel ou John B.Root. Ces derniers recherchant une diffusion de leur production la plus large possible, ils se réfugient logiquement dans la codification établie du genre. Héritiers de Hefner et Flint, ce porno des "esthètes" se veut donc rassurant et sans surprise pour les diffuseurs, qui attendent d'eux qu'ils suivent la ligne directrice du genre. Je rappelle que Canal+ impose un cahier des charges aux films voulant obtenir une diffusion sur ses ondes!

 

- mais de l'autre côté, prospèrent sur le Net les productions spécialisées, masse difforme et grouillante de contenus diverses, sans limite dans la cruauté et la violence. Ce porno qu'on qualifie communément d' hardcore*, ne s'embarasse d'aucune prestation esthétique ou scénaristique. Ces productions circulent sur le Net et les réseaux de téléchargement, parfois dans leur intégralité, souvent tronçonnés en scénettes de durée variable. C'est dire la faible importance du scénario dans de tel productions! Ce X sans visage ni morale, qui ne dit que rarement le nom de ses actrices, représente la majeure partie de la pornographie qui circule actuellement.

 

Inutile de préciser que les productions des deux "familles" sont très différentes. Tandis que les premières sont insérées dans une démarche marketing, et donc de rentabilité, les deuxièmes connaissent des trajectoires commerciales erratiques - on trouve du porno hardcore sans aucune difficulté gratuitement sur Internet.

 

Ce qu'on peut cependant relever, est l'existence d'un standard esthétique du corps féminin, commun aux deux genres, au delà des mises en scène. Ainsi, globalement, et mise à part le cas particulier des "niches", les corps que l'on montre dans le porno mainstream et dans le porno hardcore sont les mêmes. L'actrice du film luxurieux du samedi soir sur Canal +, ressemble finalement assez à celle de la scénette gonzo de quelques minutes téléchargés en peer-to-peer. Ce qui change par contre, c'est le traitement que fait le réalisateur de son image.

 

Le présent article va s'intéresser à ce standard esthétique du corps féminin, qui semble transcender la pornographie contemporaine. Il sera vu que ce standard tient en trois idées: un corps beau, un corps propre, et un corps préparé à l'action. Il sera également abordé la question des "niches pornographiques", véritables enfers du X où sont relégués les corps disgracieux.

 

I. LE CORPS EUGENIQUE

 

A. Classe mannequin et classe biberon: les canons du genre

 

Dans les publications X "large public ", est recherchée une certaine perfection des corps. Le sexe n'y en effet affaire que des jeunes gens , beaux, sans imperfections physiques, ni masses adipeuses confondantes. Les seins des actrices peuvent éventuellement être de petite taille - ils sont alors forcément "mignons"-, mais ne sont jamais tombants.

Les handicaps physiques et les difformités sont également absentes du porno grand public. Les corps "défaillants", parce qu'ils ne répondent pas aux canons du genre, sont renvoyés à des productions spécialisées justement dans l'exhibition de tels défauts (voir paragraphe "Les jeux du cirque de la pornographie: les niches spécialisées du porno hardcore").

 

De la même façon, il n'y a pas non plus dans les productions grand public, de personnes âgées. Si les carrières des hommes sont généralement plus longues, rares sont les actrices tournant des scènes passées 40 ans. Ce jeunisme s'explique à la fois par un plus grand attrait du public pour les physiques jeunes, mais aussi par la nécessité pour les pornocrates, de renouveler en permanence le cheptel des corps à consommer. En matière de pornographie, le public se lasse vite; aussi afin de maintenir de l'excitation pour leurs produits, les fabricants de contenus doivent en permanence amener du sang neuf. Ce qui explique à la fois, l'âge moyen plutôt bas des actrices, et la durée relativement courte de leurs carrières.

 

Commentaires sur l'analyse statistiques portée sur 1043 actrices.

 

L'âge moyen de début d'une carrière dans la pornographie serait de 24,38 ans, et l'âge moyen de fin, 27,96 ans. Les carrières dureraient ainsi en moyenne un peu plus de trois ans et demi.

S'il n'y a pas réellement d'âge pour commencer une carrière, la grande majorité des actrices de l'étude (544/1043, soit un peu plus de 52%) ont commençé leur carrière avant l'âge de 22 ans.

Trois d'entre elles ont commencé leur carrière avant l'âge légal de 18 ans, ce qui reste somme toute marginal. Près des 95% (435/457) des actrices ayant terminé leur carrière, l'ont fait avant l'âge de 40 ans.

 

Source: analyse statistique portée sur 1043 actrices, pour le www.pornodependance.com (1)

 

 

 

Or, les productions mainstream, si elles ne sont pas majoritaires, forment la vitrine du X. Ce sont les films qui passent sur Canal +, en France. Ce sont les actrices de ces films que l'on invite sur les plateaux télé de première ou deuxième partie de soirée. C'est souvent le seul visage du X, que connaissent ceux qui n'en consomment pas ou relativement peu. C'est donc bien par le canal des productions mainstream, que se diffusent la norme pornographique. Une norme qui affirme que le sexe est une activité réservée aux corps jeunes et en bonne santé. Or, comme le rappelle Frédéric PLOTON : « les couples de 20 ans beaux et bronzés ne sont évidemment pas les seuls à faire des galipettes » (2).

 

B. Quels corps voit-on dans la pornographie?

 

Le X mainstream, quelque soit le support utilisé, continue de mettre encore et toujours en avant, le même type physique, celui de la bimbo; de jeunes femmes plutôt grandes, sans surpoids, dotées de poitrines généreuses, et de plus en plus souvent, de lèvres gonflées.

 

Si la production vidéo américaine va s'approvisionner sur son propre sol, les producteurs européens recrutent massivement à l'Est pour compléter leurs castings. La Hongrie ou bien encore la République tchèque fournissent aux productions ouest-européennes pléthore d'actrices, pour lesquelles le X peut être espéré comme un ascenseur social. Au point que certains producteurs français ont déjà délocalisé leurs plateaux en Europe de l'Est.

 

Les éditeurs de contenus français se plaisent souvent à affirmer l'existence d'une sorte de "french touch" du X. Le porno "made in France" serait soi-disant doté de qualités esthétiques spécifiques, notamment dûes à une culture française du X bien ancrée, ainsi qu'à une part importante d'acteurs et actrices hexagonaux dans les productions.

 

Il est vrai qu'une poignée d'acteurs, actrices et réalisateurs français bénéficient d'une certaine notoriété, dépassant les frontières de l'Hexagone. Mais dans la pratique, derrière les têtes d'affiches, une part conséquence des scènes du X hexagonales sont désormais "interprétées" par des actrices d'Europe de l'Est, nouvelles mercenaires du X.

 

Commentaires sur l'analyse statistiques portée sur 1043 actrices.

 

55% des actrices pornographiques de l'échantillon sont d'origine américaine, ce qui illustre surtout l'emprise de la production américaine au niveau mondial. Le tryptique Hongrie / République tchèque / Roumanie fournit un peu plus de 20% des actrices, dont près d'une sur deux pour la seule Hongrie.

Les actrices françaises représenteraient 8% des troupes, soit la quatrième nation du classement, derrière les Etats-Unis, la Hongrie et la République tchèque.

 

Source: analyse statistique portée sur 1043 actrices, pour le www.pornodependance.com (1)

 

 

L'actrice X standard contemporaine standard serait donc une femme jeune (de 24 à 27 ans), mince, plutôt grande, avec une poitrine affirmée. Elle est le plus souvent blanche et américaine. Athlétique, souriante, elle réaffirme le triomphe du mythe soixantenaire de la playmate. En effet, la totalité de ces critères permettaient déjà de définir les bunnys que Hugh Hefner affichait dans les pages de Playboy en 1953. Pas grand chose de nouveau sous le soleil! La seule évolution notable semble être... la couleur des cheveux! En effet, les modèles Playboy, historiquement, étaient surtout de jeunes femmes blondes (voir à ce titre l'article Les représentations dans les magasines pornographiques).Les pornstars contemporaines, elles, sont indifférement blondes, brunes ou chatains.

 

C. Les jeux du cirque de la pornographie: les "niches spécialisées" du porno hardcore

 

En parallèle aux canons du porno mainstream, il existe au sein des productions hardcore toute une pornographie "de la déviance". Du X qui se plait à exhiber comme des phénomènes de foire tous ceux qui ne rentrent pas dans le canon esthétique. Cette pornographie là s'organise en "niches", c'est à dire en sous-genres.

 

Ainsi, certains fabriquants de contenu sont spécialisés dans les représentations X de femmes obèses, de femmes poilues, ou encore de personnes âgées. Autrefois confinée à quelques obscures publications magazines, principalement par défaut de rentabilité, ce type de pornographie trouve aujourd'hui une tribune infinie sur le Net où distribuer du X ne coûte quasiment rien.

 

Ne soyons pas dupes des discours qui affirment que le X se serait "démocratisé" grâce à Internet, puisque les représentations de toutes les sexualités y sont possibles. Si on exhibe les difformités et les marginalités, c'est justement afin d'en ricaner. Un peu à la manière des Freaks de la Monstrueuse Parade, ou d'Elephant Man. La sexualité ne pourrait être ludique que dans le respect de certaines normes esthétiques, et ce n'est même pas propre à la pornographie, mais à la façon dont on traite aujourd'hui la sexualité. Ainsi, en novembre 2015, à la suite de la diffusion à la télévision américaine d'un épisode de la série Empire, les réseaux sociaux ont vu déferler un déferlement de moqueries et de messages haineux liés au fait que cet épisode montrait une scène d'amour avec une actrice obèse (2). On se moque des étreintes "hors-norme" de ces modèles déviants. On raille leur sexualité, présentée comme ridicule. Pour en revenir à la pornographie, sur certains sites, ces niches sont regroupées sous l'appellation générique de ugly porno, le "porno des affreux".

 

En clivant les genres, le Net réaffirme les standards du X, reléguant tout ce qui est hors-format dans des sous-type ghettoisés.Et hors du ghetto, pas de salut. Vous trouverez très rarement dans une production mainstream d'obèses, de personnes âgées ou d'individus difformes. Parce que les sexualités dites déviantes, si elles sont bonnes pour un public averti de fétichistes, ou afin de pouvoir en rire, ne semblent pas assez dignes pour figurer au générique d'un "vrai" film pornographique.

 

II. LE CORPS HYGIENIQUE

 

A. L'absence de toutes formes de secrétions

 

Dans le porno mainstream, toutes forme de sécrétions, à l'évidente exception du sperme (et dans une certaine limite de la sueur), sont bannies à coup de lingettes nettoyantes. Les images correspondantes sont évidemment coupées au montage. Sont particulièrement concernés:

 

- Le sang menstruel. Il s’agirait là de la persistance d’un vieux tabou. Le sang menstruel renvoit à l’idée de maternité, et non pas de féminité. Le porno adopte ici encore une visée extrêmement réactionnaire, en refusant une compatibilité des deux notions. C'est pour la même raison que dans le X grand public, il n'y a pas non plus de personnages de femmes enceintes - alors qu'il s'agit d'une niche très populaire dans le X spécialisé.

- Les fuites anales. Pour éviter de tels épisodes, les actrices ont recours à des poires à lavement avant les tournages de scènes de sodomie. Ce genre de désagrément existe pourtant dans le porno; les fuites sont alors simplement coupées au montage.

 

B. La quête du zéro poil

 

La mode de l'épilation intégrale

 

Depuis les années 1990, l’esthétique pornographique a intégré comme étape obligée, l’épilation intégrale du corps, parties génitales incluses. Cette mode trouve son origine dans les productions pornographiques américaines et les films gays.

 

Ainsi, dans les productions X "grand public", les sexes féminin et masculin sont désormais systématiquement épilés. En fait, les poils n’ont guère droit de citer que dans deux types de productions : les productions « amateurs réels », où la pilosité est, en quelque sorte, vécu comme un gage d' "authenticité" des acteurs et des actrices; et les produits justement spécialisées dans les poils (hairy), apprécié d'un public assez réduit.

 

Pourquoi un tel succès?

 

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer le succès d'un tel phénomène.


- Un sexe épilé présenterait mieux à l’écran ou à la photo, qu’un sexe poilu. Les années 90 ont vu l'émergence d'une pornographie gynécologique, avide de gros plans sur les parties génitales féminines. Ce sont ainsi généralisés sur les plateaux les pussy lights, lampes miniatures pensées à cet effet. La démarche est toujours la même: aller toujours plus loin, à la fois dans le visuel, et dans la déstructuration du corps. Dans cette optique, un sexe épilé est beaucoup plus facile à filmer, car il offre beaucoup plus de détails, de reliefs à l'écran.

 

- Le sexe masculin, une fois épilé, apparaîtrait plus volumineux. La pornographie présente une sexualité de la domination: celle de l'homme sur la femme. De ce fait, tout ce qui peut suggérer un surplus de virilité est encouragé. Or, il est connu que dans l'imaginaire collectif, une corrélation est faite entre la dimension du pénis d'un homme, et ses capacités d'amant. Cette corrélation a déjà servi de nombreuses acteurs, comme par exemple Rocco Siffredi ou Lexington Steele.

 

- L’épilation du sexe masculin permet des fellations beaucoup plus volumineuses. L’actrice pouvant alors remonter sans obstacles jusqu’à la base du pénis (4). Or, la fellation est une étape obligée de tout film mainstream. Les producteurs ont donc tout intérêt à ce que dernière apparaisse la plus spectaculaire possible.

 

- Les sexes épilés ont un meilleur aspect hygiénique. Il y aurait là une conséquence du SIDA. Les poils sont associés inconsciemment à la saleté, et donc à la maladie (4). Le SIDA constitue LA phobie du X; les découvertes de cas de contaminations ne sont bonnes ni en terme d'image, ni en terme d'économie, puisqu'elles mettent à l'arrêt tous les acteurs potentiellement concernés - le temps d'avoir le retour des tests HIV.

 

* La féminité serait marquée par le sexe épilé. Ce n’est pas une nouvelle, nos sociétés encouragent l’épilation des femmes (aisselles, jambes...). Aborder un sexe épilé serait donc une nouvelle marque de féminité. Ainsi, sous l'influence de la pornographie, de plus en plus d'hommes sont demandeurs de l'épilation intégrale chez leurs compagnes. De plus en plus d'instituts esthétiques proposent d'ailleurs ce type de prestations.


* Le sexe épilé renvoit à une image de candeur, d’innocence, prisée dans les films pornographiques. Les actrices y apparaissent ainsi plus jeunes (1). Sans pour autant dire qu'il s'agirait ici de flirter avec la pédophilie, l'attrait du public pour les corps d'allures plus jeunes est supérieure. Là encore, il s'agit de maintenir l'état d'excitation du consommateur à son maximum, en lui amenant régulièrement de la chair fraîche.

 

Conseils aux dépendants

 

Le pornodépendant est tellement habitué à la vision des sexes imberbes des actrices pornographiques, qu'il finit souvent par demander à sa compagne qu'elle passe elle-même par l'épilation.

 

Si la vision d'un sexe épilé vous paraît plus excitante, libre à vous. Mais n'allez pas l'exiger de votre amie si cette dernière s'y montre réticente. Car toutes les femmes n'ont pas forcément envie de voir leur sexe ressembler à celui d'une petite fille. Un bon nombre vivent cette pilosité comme une marque de leur féminité, et ne comprennent pas en quoi elles pourraient être plus excitante sans. Rappelons, s'il est nécessaire, que la pilosité pubienne est naturelle!

 

Si malgré tout, pour vous, l'épilation génitale revêt une importance première, au point de n'être pas capable de tenir une érection sans, vous êtes sans doute victime d'une dérive fétichiste de votre dépendance. De la même manière que les hommes qui n'arrivent pas à jouir si leur partenaire ne porte pas tel ou tel vêtement.

 

En traitant votre dépendance, vous réapprendrez petit à petit peu à apprécier le corps de votre compagne dans sa totalité, et à le resituer dans le contexte d'échange de l'acte sexuel. Et vous vous souviendrez que l'épilation ou son absence ne sont que de simples détails, qui ne doivent pas avoir un rôle décisif dans votre excitation.

 

 

III. LE CORPS APPARE POUR FAIRE L'AMOUR

 

A. L'ère du stupre

 

Le canon pornographie prétend pouvoir codifier ce que les femmes sont censés faire, afin d'exciter les hommes. Et le catalogue est fourni. Outre les poses acrobatiques, outre la disponibilité sexuelle sans faille, outre l'épilation intégrale, la femme devrait aussi systématiquement se parer de lingerie et d'un maquillage appuyé afin d'optimiser son potentiel excitant.

 

C'est ainsi; pour les pornocrates, la femme déshabillée doit se rhabiller d'artifices pour être excitante. Le seul charme du corps féminin ne saurait suffire.

 

La lingerie est systématiquement utilisée dans les productions pornographiques, mainstream ou non, principalement les bas et les porte-jaretelles. Outre l'évident aspect esthétique, les accessoires de lingerie mis en avant par le porno renvoit à l'image de la prostituée:dans cette optique, les talons hauts font aussi souvent partie de la panoplie de l’actrice X.

 

Il faut rappeller que les images de l'actrice X et de la prostituée sont très rapprochées. Les deux, littéralement, couchent pour de l'argent. La seule différence se trouve dans la façon de consommer le corps acheté: si cette consommation est directe pour le client de la prostituée, elle est différée dans le cas de la vidéo pornographique.

 

Cette différence est-elle fondamentale pour le consommateur? Non, assurément. Dans les deux cas, le client compte également en avoir pour son argent: il a choisi tel prostituée ou tel film pour les promesses sexuelles faites avant la vente - le discours de la prostituée, le résumé du film. Dans les deux cas, il va comparer les offres, pour choisir celle qui lui paraît la plus attrayante. La mécanique dans l'esprit de l'acheteur est donc très voisine.

 

Les dépendants de type 3, c'est à dire ceux cherchant à concrétiser leurs fantasmes dans le monde réel, ont très souvent recours aux prostituées ou aux escorts. Parce qu'ils attendent de cette dernière la réalisation de la promesse pornographique: celle qui dit qu'il est possible de tout faire avec le corps qu'on achète.

 

Question maquillage, les modèles des magasines affichent un maquillage rarement léger, souvent outrancier. Il s'agit là aussi de rapprocher le modèle de la figure de la prostituée. Dans les films, ce maquillage est beaucoup plus léger, mais principalement pour des raisons techniques. En effet, comme le rappelle Ovidie, ancienne actrice, désormais réalisatrice X: "contrairement à ce que l'on pourrait croire, le corps des actrices n'est presque jamais maquillé. Et pour cause: après plusieurs heures de rapports sexuels athlétiques sous les projecteurs, le fond de teint dégoulinant ressemble plus à de la crasse ou à de la boue séchée qu'à une peau de pêche (...) (5)

 

Le dépendant a intégré ces images stéréotypées de la femme apprêtée pour faire l'amour. Il attend inconsciemment d'elle qu'elle le rejoigne dans cet univers fantasmatique. Au point que de nombreux dépendants éprouvent des difficultés à maintenir une érection satisfaisante, si leur partenaire ne porte pas bas et/ou porte jaretelles.

Or, toutes les femmes n'ont pas forcément le goût de la lingerie fine, ou n'apprécieront pas forcément que leur conjoint ait besoin qu'on lui présente de tels artifices pour être excité. La lingerie possède un évident potentiel érotique, mais qui vient justement de son utilisation mesurée.

 

Conseils aux dépendants

 

Si vous avez systématiquement besoin que votre compagne porte de la lingerie et/ou du maquillage lors de vos rapports, c'est que votre excitation vient de ces artifices, et non de son corps. Ce qui est un signe clair de dépendance. Réapprendre à aimer faire l'amour simplement, sans fard, fait partie du sevrage. Vous aimez votre partenaire, et c'est de là que doit venir votre excitation. Elle a forcément quelque chose qui fait que vous la trouvez plus particulièrement excitante: un détail physique, une odeur, la douceur de sa peau... Focalisez-vous sur ce détail pour retrouver votre équilibre sexuel. Votre compagne appréciera d'autant plus de voir que vous lui faites de l'effet, sans fard ni costume.

 

Conseils aux compagnes de dépendants

 

Compagnes de dépendants! Si vous aimez, vous, porter de la lingerie, alors mettez-en. Mais si cela vous chiffonne, si vous n'aimez pas l'image que cela vous donne, ou si vous trouvez que votre compagnon est trop insistant dans ses demandes de tenues, alors faites lui comprendre. Faites lui comprendre que vous aimeriez aussi pouvoir faire l'amour sans déguisement.

Exigez de votre ami qu'il se sevre. S'il sollicite à répétition que vous portiez de la lingerie, c'est parce qu'il a du mal à s'exciter sans. S'il accepte de se sevrer, encouragez-le, et soyez patiente avec lui. Votre équilibre sexuel va revenir, mais cela peut prendre un petit peu de temps. Pour plus d'informations à ce sujet, je vous invite à la lecture de l'article "Compagnes de dépendants: aider et être aidées".

 

 

B. Des corps si éloignés de la réalité: même les actrices X seraient décevantes dans le "monde réel"!

 

Les modèles pornographiques se révèlent souvent physiquement moins attrayantes dans la réalité que sur les photographies. Tout simplement parce que les techniques employées pour mettre en valeur les atouts de leurs corps disparaissent lorsque les modèles se promènent dans la rue.

 

Ainsi, le photographe Timothy Greenfield-Sanders a pris des clichés d'une trentaine d'acteurs et d'actrices pornographiques, certains mondialement connus, qu'il a réunis dans un même ouvrage (7). Sur les pages de droite, figurent des photos de ses modèles dénudés, maquillés et coiffés comme s'ils allaient tourner une scène dans l'instant qui suit. Sur les pages de gauche, les même modèles posent dans leurs habits de tous les jours, sans maquillage ni apprêt spécifique. Sur Internet, la maquilleuse Melissa Murphy, habituée des plateaux de films pornographiques, a réalisé en 2013 un travail identique, en publiant côte à côte une série d'environ quatre-vingt dix clichés d'actrices (et de quelques acteurs) de films X, avant et après qu'ils soient passés entre ses doigts.

 

Dans les deux cas, le contraste est saisissant: on a du mal à croire que ce sont bien les mêmes modèles qui se dévoilent à nous. Sans maquillage, les pornstars redeviennent M. et Mme Toutlemonde. Leur sex-appeal a fondu, leurs défauts physiques sont plus visibles. Le modèle pornographique est donc avant tout le fruit d'une mise en scène, d'une pose, d'une gestuelle, d'un maquillage.

 

 

La leçon est intéressante. La plupart des dépendants rêverait de croiser une pornstar dans la rue, persuadée qu'elles sont des sortes d'êtres hors normes. Mais dans la rue, la pornstar ne peut exister. Elle n'est qu'une icône virtuelle, fruit d'une mise en scène, d'une pose, d'une gestuelle, d'un maquillage. Sans ses apparats, le corps qui les supporte paraît quelconque. En fait, il est probable que vous ayez déjà croisé un acteur ou une actrice porno... et que vous ne vous êtes même pas retourné sur elle ou lui. Ce qui d'ailleurs, l'a sûrement arrangé.

 

Conseils aux dépendants

 

Nombre de dépendants déplorent que leur compagne, ou les filles qu'ils ont pu rencontrer, ne soient pas comme les actrices des films. Ils attendent d'elles une disponibilité sexuelle et un attrait pour la chose digne de leur univers fantasmatique.

Soyons sérieux! Quand les projecteurs s'éteignent, les actrices redeviennent des femmes comme les autres, aussi charmantes soient-elles. Tout simplement parce que devant la caméra, elles jouent la comédie, exagèrent leurs réactions. Bref, elles simulent, tout simplement parce qu'elles sont payées pour cela. La pornstar n'existe que dans les films. Dans le monde réel, tout comme vous, les actrices ne font pas les positions qui ne leur plaisent pas, même si vous êtes sûr de les avoir vu les faire à l'écran. Et tout comme vous, elles sont aussi parfois rattrapées par les soucis du quotidien et n'ont juste pas "la tête à ça".

 

Il faut donc se reconnecter au"monde réel", et à apprécier les rapports sexuels pour ce qu'ils sont: l'expression d'êtres souhaitant se donner réciproquement du plaisir, dans le respect des limites et des souhaits de chacun.

 

 

 

 

Conclusion

 

Au salon Erotica, Sabrina (l’internationale, Américaine) va faire un strip-tease. Comme savent le faire les professionnelles de ces métiers, elle entretient l’excitation et demande une participation. Elle vient d’ôter sa culotte, dessous laquelle elle porte un string, et personnne n’a applaudi. Elle fait mine de s’arrêter, comme si elle était déçue. Et à retardement les applaudissements viennent en masse. A présent, allongée sur le sol, elle tortille son derrière, en se tenant ses jambes en grand écart. Même indifférence. Même demande de congratulations. Quelques voix encouragent la suite. Le vrai modèle, la vraie« fille » est toujours étonnant et pourtant décevante. Le vrai corps, celui qu’on lave, qui urine, défèque ou mange, celui qui transpire.

Source : La pornographie et ses images, par Patrick Baudry (6)

 

 

La pornographie contemporaine présente l'image d'un sexe eugénique et hygiénique. Elle affirme le triomphe d'un sexe "propre", qui ne s'embarasse pas des désagréments du corps. Une sexualité de poupées gonflables, aseptisée, et déconnectée du monde réel. Un sexe lissé, parce qu'il doit être marchand. Pour reprendre Patrick Baudry, "Le vrai modèle, la vraie fille" ne saurait être vendeur.

 

La standardisation du sexe dans la pornographie ne se limite d'ailleurs pas à ces seuls aspects. La normalisation de certaines poses (le triptique vaginal - anal - fellation, présent dans la quasi totalité des films X), le refus des défaillances techniques, la démonstration de jouissances à outrance, l'exaltation d'une virilité machiste, participe aussi à faire du sexe un produit de compétition, une carte postale publicitaire glamour, apte à susciter l'achat de la vidéo X, ou son téléchargement.

 

Déshumanisé, optimisé à outrance, la sexualité devient complètement abstraite, perdant sa dimension humaine. Or, ce qui fait précisémment la magie de la sexualité, est bien l'aspect relationnel existant entre ceux qui s'y adonnent. Tout un pan de de la sexualité, qui, justement, est absent de la pornographie! Dans le monde du X, l'aspect social de la sexualité est réduit à sa portion congrue. Il suffit pour cela de voir la pauvreté des scénarios des films; le porno montre des gens qui baisent, mais ne racontent pas l'histoire de gens qui baisent.

 

Si l'individu lambda saura décrypter le message marketing derrière le déferlement des corps à l'écran, le pornodépendant, bien malgré lui, a intériorisé ce message publicitaire pour le faire sien. La dimension humaine de la sexualité lui est devenue floue, au point qu'il ne sait plus la vivre si elle sort du canon imposé par les films X.

Sans doute très érudit théoricien de la chose, de par la masse de poses et de pratiques qu'il a pu voir, le pornodépendant ne sait pourtant plus faire l'amour, mais juste "baiser". L'un des buts du sevrage est précisémment de permettre au dépendant de réinjecter dans sa sexualité, cette dimension sociale et affective qui lui fait désormais défaut, et qui fait pourtant toute la magie de l'acte.

 

AFREG. 3ème version de l'article - décembre 2016.

 

* La Monstrueuse Parade (Freaks en anglais) est un film américain de Tom Browning, sorti en 1932, et narrant l'histoire d'un cirque spécialisé dans l'exhibition d'individus difformes (les freaks, littéralement monstres). Les deux gérants du cirque cultivent à l'égard des freaks un mépris sans pareil, bien que ces derniers soient à l'origine de leur succès et de leur richesse. Le même thème est repris dans le Elephant Man de David Lynch, adaptation romancée de la vie de Joseph Merrick, surnommé Elephant Man de par ses nombreuses difformités.

Source: www.wikipedia.fr, "La Monstrueuse Parade"

 

 

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Citations: