COMMENT DETECTER

LA PORNODEPENDANCE D'UN PROCHE?

 

Si vous êtes arrivés sur cette page, et que vous n'êtes pas vous-même pornodépendant ou compagn(e/on) de pornodépendant, c'est peut-être parce que vous pensez qu'un de vos proches est accro au porno.

 

En effet, vous avez peut-être décelé chez un ami ou un parent, des comportements qui vous ont mis la "puce à l'oreille". Vous aimeriez aider cette personne; seulement vous n'êtes pas complètement sûr qu'elle soit addict au porno.

 

Le présent article va vous aider à déterminer si oui, ou non, cette personne semble être pornodépendante. Cet article ne constitue cependant pas un outil de détection miracle ou infaillible; il s'agit plutôt ici de vous donner quelques pistes susceptibles de vous aider à vous faire une opinion.

 

 

RAPPEL D'UNE REGLE D'OR: PERSONNE N'EST A L'ABRI D'UNE PORNODEPENDANCE !

 

Une règle d'or doit être rappelée: personne ne peut se dire assuré d'être épargné par le phénomène. Ne croyez donc pas que l'addiction au porno soit une affaire de "vieux garçons", de marginaux ou de frustrés. Il y a des pornodépendants dans toutes les classes d'âge et dans toutes les catégories sociales. Certains sont en couples, d'autre non. Certains ont en apparence une vie sexuelle que l'on qualifierait d'épanouie; d'autres non.

 

Il y a certainement des addicts dans votre entourage, sans que vous le sachiez. Seulement, une dépendance au porno est très rarement quelque chose dont on se vante! Ce n'est pas non plus quelque chose qui se lit sur le visage. Vou pouvez deviner un fumeur au nombre de cigarettes qu'il gaspille, à ses dents et ongles jaunis; un alcoolique au nombre de verres qu'il absorbe en soirée. Mais vous ne pourrez pas détecter une pornodépendance aussi facilement.

 

 

I. ATTITUDE GENERALE DU DEPENDANT EN SOCIETE

 

LE DEPENDANT SEMBLE FATIGUE, PARCE QU'IL CONSULTE DES SITES X LA NUIT

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: PARFOIS

 

Chez les dépendants, la consommation de pornographie a tendance à atteindre un pic en soirée et la nuit.

 

Tout d'abord, nombre d'addicts voient dans le porno une forme de relaxant, un peu à la manière du fumeur qui allume une cigarette en rentrant du travail; d'où une consommation plus marquée en soirée. Le hic est que cette consommation de porno va régulièrement se prolonger dans la nuit, tout simplement parce que le dépendant n'est pas capable de maîtriser sa consommation. Les "dix minutes" initialement envisagées peuvent ainsi se transformer en plusieures heures de navigation incontrôlées.

 

Ensuite, les dépendants en couple vont généralement attendre la nuit pour consommer de la pornographie en toute discrétion.

 

Mis à part ceux qui n'ont pas les contraintes horaires qu'imposent vie professionnelle et/ou familiale et qui peuvent rattraper le temps de sommeil perdu en se levant plus tard, les dépendants ont donc tendance à avoir des nuits un peu plus courtes que la moyenne; ils ont donc plus volontiers l'air fatigués.

 

Ce phénomène s'observe aussi dans les cas de cyberdépendance, addiction cousine de la pornodépendance. La cyberdépendance, c'est l'addiction à Internet et/ou aux jeux vidéos. On trouve ainsi de plus en plus de cyberaddicts, en particulier chez les jeunes hommes. Ces derniers peuvent passer des heures à discuter en ligne, à consulter Facebook ou à visionner des vidéos sur Youtube jusqu'à en perdre la notion du temps.

Or, le nouveau royaume de la pornographie est bien Internet. Les jeunes cyberdépendants risquent donc de tomber dans une forme de double spirale: addiction à l'écran (cyberdépendance) mais aussi addiction au porno (pornodépendance)

 

LE DEPENDANT SE REPLIE SUR LUI-MEME, IL SEMBLE SOLITAIRE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: PARFOIS

 

La consommation de pornographie est une activité passive, qui ne génère aucune forme de lien social. Les seules interactions éventuellement réalisées sont les échanges avec les modèles webcams des chats rooms; mais ces échanges sont complètement biaisés par le fait que ces femmes sont rémunérées pour être présentes sur ces espaces.

 

De surcroît, consommer du porno est une activité dont on fait rarement la promotion autour de soi, et qui donc ne peut être la source de rapprochements avec d'autres amateurs du même "hobby".

 

Ainsi le temps passé à consommer de la pornographie n'est pas réinvesti dans des sorties avec des amis, la construction d'une vie de couple, ou des discussions sur des passions communes. Et comme les journées des dépendants ne sont pas plus longues que celles des autres, le dépendant se retrouve généralement avec un environnement social plus réduit.

 

De surcroît, dans les cas de dépendances plus affirmées, l'addict ne ressent plus le besoin de construire du tissu social, préférant la compagnie de son ordinateur. Il a alors perdu le goût à l'interactivité sociale, ce qui l'enferme dans sa solitude.

 

LE JEUNE GARCON DEPENDANT EST MAL A L'AISE AVEC LE SEXE OPPOSE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: PARFOIS

 

Nous commençons tous à construire notre image du sexe opposé à notre adolescence, lorsque nous nous éveillons la sexualité.

Mais lorsque le porno est la seule école du dépendant, sa vision de l'autre est complètement déformée.

 

Le porno présente les femmes comme sexuellement très exigeantes, entreprenantes, peu désireuses de s'attarder sur les jeux de séduction. Les "femmes du porno" font rarement preuve de réticence lorsque les hommes les sollicitent, et définissent leur propre sexualité comme la satisfaction de celle de leur partenaire masculin. Elles se "chosifient" d'ailleurs elles-mêmes, en se présentant comme continuellement sexuellement disponibles. Une vision ultra stéréotypée, à la gloire d'une certaine idée de la fantasmagorie masculine.

 

Mais quand le jeune garçon dépendant n'a pas eu d'autre discours pour contrebalancer ce que le porno lui montre, et qu'il n'a pas encore cette expérience du sexe opposé que les années apporte, cette vision de la femme réduite à un statut d'objet sexuel va l'imprégner.

 

Selon les personnaités et les vécus, peuvent alors survenir des comportements diamétralement opposés:

- des attitudes de repli, de crainte face à ce genre féminin qui n'accepterait pas les hommes en-deçà d'un certain "seuil de virilité", semblant totalement irrejoignable pour de jeunes garçons complexés par la comparaison;

- des attitudes misogynes ou violentes, de la part de certains jeunes hommes persuadés "qu'elles ne pensent qu'à ça" et qu'elles "ne disent jamais non", comme "les femmes dans la porno"

 

Le phénomène sera plus particulièrement marqué dans les milieux où ces sujets sont tabous. Refuser de parler de sexualité avec son adolescent, c'est laisser à la pornographie et à la télévision l'exclusivité de cette instruction. Tous les parents se méfient, à juste titre, de la violence à la télévision; il est indispensable d'accorder une prudence similaire face aux contenus à connotation sexuelle, quelque soit le média de diffusion.

 

LE DEPENDANT RENCONTRE DES DEREGLEMENTS DE SA LIBIDO

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: PARFOIS

 

Les pornodépendants sont en proie à un dérèglement de leur libido, qui peuvent se manifester de deux façons::

- soit la sexualité relationnelle (celle constructrice d'un couple) perd de son intérêt, au profit des modes de la sexualité qui n'impliquent aucune forme d'engagement: la masturbation, les échanges hot en ligne, les relations avec les prostitué(e)s ou les escort-girls (1)

- soit le pornodépendant démontre au contraire un intérêt exacerbé pour la sexualité, au point d'en faire l'élément quasi-exclusif de sa vie de couple (2)

 

(1) LE DEPENDANT QUI N'ACCORDE QUE PAS OU PEU D'INTERET POUR LA SEXUALITE RELATIONNELLE, ET QUI PREFERE LA COMPAGNIE DES PROSTITUEES OU DES ESCORT-GIRLS

 

Il existe schématiquement quatre niveaux de dépendance, dont deux (types 2 et 3) impliquant nécessairement une interaction avec, selon les budgets: un modèle en ligne (par webcam) une prostituée ou une escort-girl.

 

Le fantasme du "coup d'un soir", de la relation avec un(e) inconnu(e), est très présent dans la pornographie. Le X montre une sexualité complètement dépourvue de construction sociale, où il n'est pas nécessaire que deux personnes se connaissent au préalable pour avoir des relations sexuelles. La pornographie invite au renouvellement incessant des corps à consommer, glorifie l'absence de responsabilitées liées à l'acte sexuel. Le dépendant va être poussé à la concrétisation de ce type de fantasme, qui va lui permettre le temps d'une nuit, d'être cet autre "pornographique" que le X l'invite à être. S'il ne peut ou ne veut s'offrir les services d'une prostituée ou d'une escort-girl, il vivra ce fantasme par masturbation interposée, devant le modèle webcam d'une chat-room.

 

Ensuite, le dépendant pense souvent qu'avec un(e) inconnu(e), il va pouvoir réaliser les fantasmes qu'il ne peut pas forcément concrétiser avec son partenaire habituel; soit parce qu'il n'ose pas dévoiler à la personne qui partage sa vie l'étendue de ses fantasmes, soit parce que cette dernière ne partage pas les mêmes goûts que lui. Le fait également de payer un corps peut également donner l'impression d'avoir le droit d'en disposer et d'en user comme bon nous semble.

 

Le partenaire adultérin est celui avec lequel on ne se fixe pas de limite, car il n'y a pas ou très peu de conséquences sociales derrière, et rarement du respect pour le corps que l'on achète. Le partenaire d'un soir est aussi celui dont le corps reste un mystère, ce qui a quelque chose d'excitant.

 

Est-ce à dire que si les dépendants vont voir ailleurs, c'est de la faute des compagnes? Bien sûr que non! Les dépendants ayant cédé à l'adultère sont dans cette recherche du neuf, de l'interdit; ils fuient non pas leur compagne, mais la monogamie en général, au profit d'une sexualité multiple désengagée de toute forme de contrainte sociale, tel celle vendue par le porno.

 

Alors dans ce cas-là, pourquoi certains trompent-ils leurs compagnes et d'autres non?

Dans une vie de couple, de nombreuses événéments peuvent amener l'un ou l'autre à regarder ailleurs. Mais la grande majorité des gens savent faire la balance entre ce qu'ils ont à perdre, et ce qu'ils ont à gagner dans une relation adultérine.

Mais le pornodépendant, pour qui le contrôle des pulsions peut être ardue, aura du mal à résister aux sirènes de l'inconnu(e).

 

Certains vont y céder, et d'autres non, ce n'est pas plus compliqué que cela !

 

La relation adultérine sera suivie d'une immense sentiment de culpabilité, de honte; mais en fonction de l'étendue de son addiction, le dépendant va éventuellement "y retourner". Parce qu'il ressent de manière quasi pathologique le besoin de cette relation extra-conjugale, malgré le dégoût de lui-même que cela lui inspire.

 

(2) LE DEPENDANT QUI MANIFESTE UN INTERET EXACERBE POUR LA SEXUALITE

 

Si le principe de vivre une relation basée essentiellement sur l'échange physique n'a rien de critiquable, cela est problématique quand cette relation se fait au détriment des désirs de construction du partenaire.

 

Le dépendant qui laisse le sexe être le seul moteur de son couple, ne se motivera pas pour construire une relation durable allant au-delà du seul capital sexuel que l'autre représente.

Le dépendant se verra donc reprocher par son partenaire son manque d'investissement dans la vie de couple, mais ne réagira pas forcément pour autant.

Il peut éventuellement enchaîner plusieurs histoires amoureuses; ces histoires se terminent généralement soit par le départ du partenaire, qui se sent peu considéré dans l'histoire; soit par le départ du dépendant, lassé des désirs de construction que lui manifeste son conjoint, et auxquels il n'a pas le coeur de donner suite.

 

 

LE DEPENDANT ACCORDANT PEU D'INTERET A LA VIE DE COUPLE ET A LA VIE DE FAMILLE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: SOUVENT

 

La dépendance à la pornographie peut entraîner un certain désintérêt pour la vie de famille, ce qui se manifeste par un temps moindre accordé à sa/son partenaire et/ou à ses enfants.

 

L'essentiel pour un toxicomane, quelque soit la source de son addiction, est de trouver sa "dose" afin de se procurer un "shoot".

 

Le pornodépendant n'échappe pas à la règle: il cherche une dose (la pornographie) pour se procurer un shoot (la satisfaction immédiate de ses pulsions sexuelles). Du coup, toute activité qui n'est pas susceptible de répondre à cette double demande (comme par ex. la vie de famille, s'occuper des enfants ou bien encore travailler), perd de son intérêt. L'ampleur de cette perte d'intérêt varie notablement d'un dépendant à l'autre.

 

L'effet est d'autant plus marqué durant les épisodes de manque, où le dépendant aura tendance à rechercher la solitude afin de pouvoir consommer. Il tolérera mal les moments près des siens, la gestion du manque lui étant pénible. Il sera plus facilement irritable auprès de sa/son partenaire, car sa présence freine ses possibilités de consommation.

 

LES PORNODEPENDANTS ETANT "FASCINES" PAR LA PORNOGRAPHIE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: RAREMENT

 

Le consommateur lambda de pornographie se moque royalement de connaitre la biographie de l'actrice qui se dénude sous ses yeux - quand il connaît déjà son nom. Il est parfaitement incapable de distinguer les productions de tel ou tel réalisateur, ce qui de toute façon ne lui est d'aucune d'importance. La plupart du temps, les amateurs de X mémorisent à peine les titres des films qu'ils voient ! Ils connaissent quelques actrices, celles qui passent sur les plateaux télé de deuxième partie de soirée, mais sans plus.

 

Certains dépendants, eux, vont plus loin, ajoutant à leur addiction une forme de fascination. Ils connaissent les actrices, sont capables de citer plusieurs de leurs films, suivent le travail des réalisateurs, achètent des revues spécialisées. Le public adolescent ou jeune adulte peut éventuellement posséder des posters aux effigies de leurs actrices et acteurs préférés (ce type de posters est parfois offert en supplément de magasines masculins). Ils sont "fans" du porno. La plupart du temps, ils rêveraient de devenir eux-même acteurs, et souhaitent pouvoir rencontrer leurs actrices X favorites. On va les retrouver notamment au Salon de l'Erotisme (France), grand messe annuelle du milieu (voir à ce titre le type 4 des différentes formes de pornodépendance)

 

Qui dit fascination, dit consommation à outrance. Le fan de tel chanteur collectionne tous ses disques; le fan de tel acteur a vu tous ses films. Le fan de porno est donc évidemment pornodépendant. D'autant plus que sa maîtrise des outils de recherche en ligne, lui permet d'accéder sans difficultées à des contenus en grande quantité.

 

Pour ces dépendants-là, surmonter le déni est encore plus difficile. Car à la démarche de dépasser la honte de s'être fait piéger par la pornographie, s'ajoute la nécessité de renier ce qui est vécue comme une passion. Le manque à combler par l'arrêt de la consommation de pornographie est donc plus important encore que pour les autres dépendants.

 

LE DEPENDANT AURA UN DISCOURS TRES TRANCHE SUR LA PORNOGRAPHIE, QU'IL S'AGISSE DE L'ENCENSER OU DE LA VILIPENDER.

 

Le dépendant aura tendance à adopter un parti-pris très marqué à propos du porno: il se prononcera soit en faveur d'une plus grande expression de la pornographie (1), soit au contraire pour son plus strict encadrement (2)

 

(1) LE DEPENDANT QUI VA ADOPTER UNE POSITION TRES LAXISTE VIS-A-VIS DE LA DIFFUSION DE LA PORNOGRAPHIE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: SOUVENT

 

Nombre de dépendants dans le déni vont avoir vis-à-vis de la pornographie, un discours très laxiste. Ils évoqueront les principes de la liberté d'expression, la vocation prétendument artistique qu'affichent certains réalisateurs...

 

Ils montreront en exemple les actrices les plus connues du milieu, celles qui passent à la télé, et ignoreront la condition des anonymes. S'ils l'ont connu, ils évoqueront souvent avec une nostalgie presque déconcertante le porno des années 70, soit-disant synonyme de liberté sexuelle.

 

Ces dépendants tentent de dresser un portrait élogieux de la pornographie, afin de déresponsabiliser leur propre consommation. Car après tout, si j'arrive à me convaincre de la justesse du discours pornographique, pourquoi m'inquiéterais-je d'en consommer?

 

Ces dépendants, la plupart du temps, quand ils se font surprendre, affirmeront que tous les hommes consomment de la pornographie - ce qui est faux! - et refuseront qu'on les questionne sur le sujet, au titre du respect de leur vie privée. Ces dépendants ont donc une propension au déni très affirmé, propension qu'il faudra dépasser pour entamer le sevrage.

 

(2) LE DEPENDANT QUI VA ADOPTER UNE POSITION TRES FERME A L'ENCONTRE DE LA PORNOGRAPHIE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: RAREMENT

 

Et à l'inverse, une minorité de dépendants aura un discours marqué contre la pornographie. Ces dépendants critiqueront volontiers l'air du temps, la libéralisation des moeurs à outrance dans notre société, l'affaiblissement de la morale...

 

Pourtant, ces dépendants consomment du porno... Apparement paradoxal!

 

Ce n'est pas tant de l'hypocrisie, mais plutôt une manifestation de la dualité du dépendant: l'homo porno consommateur est sous emprise de ses pulsions, et s'oppose à l'individu pensant. L'homme ou la femme du quotidien rejette la partie de son âme qui aime et consomme du porno, parce que cela ne correspond pas à ses propres valeurs. Le déni prend alors une autre ampleur: on peut facilement imaginer le malaise psychologique que provoque chez l'accroc une telle jonglerie.

 

LE DEPENDANT A UNE CONNAISSANCE TECHNIQUE DE LA SEXUALITE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: SOUVENT

 

La pornographie n'enseigne pas ce qu'est la sexualité. Elle apprend une accumulation de postures sexuelles, de figures, d'emboîtements de corps, mais n'enseigne pas la sexualité, car elle ne peut en reproduire la dimension affective, ni montrer tous les débats, les enjeux, les hésitations, les doutes et les angoisses qui y sont liées.

Le dépendant a acquis la théorie de cette technicité. Il est capable de citer des nom de positions que les non-dépendants ne connaissent pas. Il peut éventuellement se vanter auprès de son entourage de sa connaissance du domaine, plus aiguisée que la moyenne.

Egalement, le dépendant va avoir tendance à vouloir "parler porno" dans la vie de tous les jours. Il va plus aisément utiliser des expressions comme "gonzo" ou "gang-bang", hors de leur contexte sexuel.

 

 

II. DETECTER UN COMPAGNON DEPENDANT

 

 

L'ORDINATEUR EST LE SIEGE DE LA PORNODEPENDANCE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: SOUVENT

 

Internet est le royaume moderne de la pornographie. Le Net donne accès à une quantité illimitée de contenu X. Différentes technologies comme le téléchargement ou le streaming vidéo sont plus particulièrement prisées.

Une utilisation optimale de ces technologies nécessite une connexion Internet rapide; aussi si vous sentez un ralentissement suspect de la qualité de votre connexion, demandez-vous ce qui est en train d'être téléchargé en arrière-plan...

 

Le dépendant va également très probablement utiliser des adresses emails alternatives, dédiées au surf porno. Les adresses des pages d'accès à ces comptes mail de substitution peuvent apparaître dans les historiques de surf, même si la plupart du temps, le pornodépendant veille à effacer ses traces. Pour cela, il supprime généralement l'historique après chaque utilisation, il dissimule ses téléchargements dans des répertoires cachés ou portant des noms anodins. Cependant, il arrive toujours un moment où le dépendant "oublie" d'effacer ses traces. Distraction? Sentiment de sécurité dû à de nombreux mois ou années sans se faire prendre? Ou appel inconscient à être démasqué pour tenter de briser le cycle de la dépendance?

 

Egalement, même si sur Internet, le sexe gratuit se trouve en quantité, certains dépendants vont avoir recours à de la pornographie payante. Parce que le contenu peut être plus attractif, plus rare, plus hardcore aussi. Les sommes en jeu sont rarement extraordinaires: il s'agira d'un abonnement à tel ou tel site (jusqu'à 40 euros mensuel), ou des paiements par le biais de services de micro-paiement type Allopass. Ces dépenses apparaissent sur les comptes bancaires ou, pour les services de micro-paiement, directement sur les factures téléphoniques de la ligne utilisée.

 

LE DEPENDANT PEUT AVOIR ENVIE D'INTEGRER LA PORNOGRAPHIE DANS LES EBATS DE SON COUPLE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: PARFOIS

 

Comme il n'arrive pas à raisonner sa consommation, le dépendant va essayer de la "normaliser", en obtenant que sa ou son partenaire sexuel(le) en regarde en sa compagnie, afin de s'exciter mutuellement. Ainsi, le partage de la consommation du film X perdrait ainsi son caractère honteux, en se muant en accessoire de la vie sexuelle du couple.

 

Intégrer de temps en temps un porno dans sa vie intime, c'est une chose. Mais solliciter systématiquement le support d'images pornographiques en préambule de rapports sexuels ou pendant des rapports, est signe d'un double malaise:

- le dépendant a perdu sa capacité à fantasmer, et à produire lui-même de l'imagerie sexuelle. Il a besoin que le porno lui dicte ce qu'il lui est possible de fantasmer. Cette paupérisation de la libido est un signe très fort de dépendance.

- le dépendant a aussi perdu de vue que la sexualité est un échange, basé sur le respect des limites et des envies de chaque partenaire. Normaliser l'utilisation du porno dans le lit conjugal est une manière d'imposer des fantasmes à son partenaire, à qui on déclare: "regarde, si eux le font, pourquoi pas nous?".

 

En matière de sexualité, il n'y a pas d'autre norme que celle que les amants se fixent mutuellement; le porno entend écraser ce principe pour imposer son propre dogme, celui de la performance et du corps de l'autre utilisé pour son unique plaisir.

 

LA SEXUALITE DU DEPENDANT PATIT DE SON ADDICTION

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: SOUVENT

 

La pornographie provoque chez le dépendant un dérèglement général de sa libido. En effet, l'addict, perpétuellement assailli par ses pulsions, par ses fantasmes, a perdu le contrôle de son excitation. Il éprouve aussi de grandes difficultés à être sexuellement excité sans stimulation pornographique. Dans le même temps, le dépendant peut sembler se détacher de la sphère affective de sa vie de couple (voir plus haut).

 

En conséquence, certains dépendants se mettent à avoir avec leur partenaire une sexualité mécanique, froide, tournée vers la performance, mais complètement déshumanisée, à l'image de celle des films pornos. Ils peuvent apparaître indifférents au plaisir - ou à l'absence de plaisir - de l'autre.

 

D'autres stoppent toute activité sexuelle avec leur ami(e) légitime, ou du moins en ralentissent fortement le rythme.

Dans les deux cas, les raisons sont les mêmes: le dépendant n'arrive plus à trouver du plaisir dans les relations sexuelles et affectives avec son/sa partenaire sans stimulation pornographique; aussi essaie-t-il soit de faire rentrer le porno dans sa sexualité (voir partie précédente), soit abandonne-t-il tout simplement sa libido à la seule masturbation.

 

LE DEPENDANT PEUT ETRE SEXUELLEMENT EXIGEANT

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: PARFOIS

 

Le dépendant s'est habitué aux acrobaties du porno, et attend de sa/son partenaire qu'il ou elle aborde les mêmes poses et offre la même disponibilité que dans les films qu'il affectionne.

 

Ce que le dépendant ne sait pas, ou le plus souvent n'arrive pas à assimiler, est que ce qu'il voit à l'écran n'est pas la réalité, mais une version transfigurée de la sexualité, assurée par tous les trucages du cinéma. Le porno n'est pas la sexualité: c'est une construction stéréotypée, artificielle de la relation sexuelle.

 

Le dépendant aura également à coeur de réaliser un certain nombre de figures imposées du porno, concevant la sexualité comme une sorte de rodéo de la performance. Pour lui, une relation sexuelle réussie se mesure à sa durée, le volume des cris échangés et à la variété des positions déployées. La tendresse dégagée lui importe peu, car le porno lui apprend qu'il n'est pas nécessaire d'être doux avec un partenaire.

 

Cette atteinte à l'harmonie sexuelle du couple est le signe que l'addict s'enfonce dans sa dépendance.

 

LE CONSOMMATEUR DE PORNOGRAPHIE NE SE CACHANT PAS POUR CONSOMMER

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: RAREMENT

 

La consommation de porno a quelque chose d'intime, de honteux, que l'on préfère donc le plus souvent garder secret, y compris de son/sa partenaire par crainte d'une réaction hostile en retour.

 

Vous trouverez bien sûr des gens qui déclareront aimer le porno, mais vous en trouverez peu qui en consommeront sans se dissimuler à la maison, au travail ou dans un cybercafé.

 

Si vous surprenez de manière régulière un collègue ou votre conjoint en train de faire usage de pornographie, et surtout si ce dernier continue ou "récidive" une fois découvert, c'est qu'il est pornodépendant: son besoin de consommation a fini par dépasser la honte ressentie à l'idée d'être surpris dans une telle activité.

 

Et si en tant que compagne de dépendant, vous vous êtes opposée à l'utilisation de pornographie sous le toit commun, mais que malgré tout votre ami ne manifeste aucune volonté ne serait-ce que de ralentir sa consommation, se pose une toute autre question; celle du respect, presque celle d'un choix de vie.

 

En effet, même le dépendant le plus lourdement marqué peut manifester des signes de vouloir s'en sortir - échouer, et ne pas essayer étant deux choses très différentes! Si votre ami ne semble même pas disposé à tenter le sevrage, alors qu'il sait désormais le risque que sa consommation fait peser sur votre couple, il faudra vous poser les questions adéquates sur l'avenir de votre union. Je vous invite, pour de plus amples informations sur le sujet, à lire les articles "Compagnes de dépendants: aider et être aidée" et "Reconstruire son couple après la découverte de la dépendance par le conjoint".

 

LE CONSOMMATEUR VA TRANSFORMER SON ORDINATEUR EN FORTERESSE

 

OCCURENCE DU PHÉNOMÈNE: SOUVENT

 

Le dépendant est d'un naturel cachotier: il cache ses images et ses vidéos X, ses revues porno, efface l'historique de son PC, protège par mot de passe certains répertoire du PC... Lorsqu'on le questionne sur les raisons de cette attitude, il invoque son droit à avoir une intimité, un jardin secret.

 

Compagnes! Si vous constatez que des répertoires du disque dur vous sont inaccessibles, que l'historique du PC est perpétuellement vide, et que les explications fournies par votre ami ne vous satisfont pas, c'est peut-être parce qu'il cache de la pornographie. Et si vous constatez qu'après lui avoir fait part de vos soupçons, les répertoires suspects disparaissent ou changent de place, c'est que vous avez probablement mis dans le mille...

 

III. CE QU'IL CONVIENT DE FAIRE

 

A. FAIRE ECLATER AU GRAND JOUR LE PROBLEME

 

Si vous avez la conviction qu'un de vos amis ou que votre compagnon est pornodépendant, dites-le lui. Expliquez-lui quels sont vos doutes, quels sont les éléments qui vous ont amené à penser cela.

L'idée est ici de "tendre une perche" au dépendant; si ce dernier sent qu'il peut vous en parler, sans craindre d'être jugé ou raillé, il reconnaîtra plus facilement son problème - dépasser le déni étant la première étape du sevrage (voir à ce titre l'article "Définition de la pornodépendance")

 

B. SOUMETTRE LE DEPENDANT AU TEST DU MOIS SANS PORNOGRAPHIE

 

Toutefois, dans la grande majorité des cas, le dépendant va initialement nier son état. Il va réfuter vos arguments, dénigrer l'existence même de la notion de pornodépendance. Il va argumenter que tous les hommes le font - ce qui est faux! -, que vous dramatisez, que cela relève de son intimité et qu'il ne désire donc pas évoquer ce sujet avec vous.

 

Si la consommation est assumée par le "présumé dépendant"

 

Si votre ami reconnaît qu'il consomme de la pornographie, mais affirme ne pas en être dépendant, proposez lui le test suivant.

Mettez-le au défi de se couper de toute source de pornographie pendant un délai d'un mois. Si durant ce laps de temps, votre ami arrive à ne pas consommer sans ressentir aucune forme de manque, vous pourrez reconnaître votre "erreur". Evidemment, cela implique que le dépendant ait été honnête avec vous mais aussi avec lui-même, et qu'il n'ait pas caché la moindre seconde de consommation de pornographie.

Mais si cependant, durant ces trente jours décisifs, il chute, n'arrive pas à arrêter, ou ressent à l'issue de ce délai un fort besoin de consommer, c'est qu'il est dépendant. Cette prise de conscience peut être l'électrochoc permettant la prise de conscience de l'état de l'addiction, et donc déclencher un sevrage.

 

Le fait que le dépendant admette son échec face au test est une bonne chose: cela veut dire qu'il est capable de faire face à ses propres démons, et semble vous faire assez confiance pour surmonter sa honte.

A ce stade où le dépendant doit gérer la découverte de son état d'addict, inutile de le brusquer. Si vous sentez qu'il veut essayer de s'en sortir seul, laissez-le faire afin qu'il ne se sente pas infantilisé. Et si vous voyez que cela ne fonctionne pas au bout de quelques semaines, il sera toujours temps pour vous de vous impliquer davantage dans son sevrage.

 

Si la consommation n'est pas assumée par le dépendant

 

Si le dépendant ne reconnaît pas qu'il consomme de la pornographie, ne cédez pas!

 

Argumentez, expliquez que vous avec des preuves de sa surconsommation. Le dépendant finira généralement par reconnaître sa consommation, mais va alors probablement expliquer qu'il n'y a rien d'anormal, que "tous les hommes le font". Une fois cette première reconnaissance effectuée, soumettez-le alors au test décrit au paragraphe précédent.

 

Et si le dépendant refuse de faire le test, ou si vous pensez qu'il vous ment sur sa réussite au test... dépasser le déni est difficile, mais parfaitement fondamental. Le sevrage doit venir de l'individu, et vous ne pouvez forcer personne à assumer un état qu'il continue à nier. Inutile de brusquer votre ami, de gâcher la relation qui vous unit à lui. Même si ce n'est pas forcément évident, vous lui avez permis de commencer à s'interroger. Peut-être que dans quelque temps, reviendra-t-il vers vous pour admettre sa dépendance, et pourquoi pas vous annoncer son intention de se sevrer.

 

C. QUEL EST MON ROLE EN TANT QU'AMI? ET EN TANT QUE COMPAGNE ?

 

L'ami ne doit pas juger le dépendant. Il peut être une oreille attentive, mais ne doit pas se substituer à un spécialiste (comme par exemple un psychologue ou un psychiatre) ou à la compagne. Il doit être là pour écouter le dépendant s'il souhaite se confier, mais ne doit pas forcer à la confidence. Si vous choisissez de devenir le soutien d'un ami dépendant, ce dernier doit savoir que vous serez un confident parfait, et que rien de ce qu'il vous dira ne sortira de vos échanges.

 

La compagne peut se permettre d'être plus incisif dans son rôle. Parce que contrairement à l'ami, elle subit en première ligne la dépendance de son conjoint, qu'il s'agisse d'une altération de la sexualité du couple ou de la gestion de ses changements d'humeur. Il ne faut pas non oublier que tout ce qui se passe sous le toit commun concerne les deux partenaires!

 

La compagne doit elle-même définir la place qui lui convient;

- elle peut choisir d'être une confidente, un soutien de premier choix. Elle sera ainsi aux premières lignes pour aider son conjoint, mais s'expose alors à découvrir des choses qui pourraient la blesser, la gêner. Etre une conjointe confidente nécessite une vraie capacité de détachement.

- la compagne peut à l'opposé choisir de ne pas s'impliquer dans le sevrage, et de demander à son conjont de consulter un spécialiste s'il en ressent le besoin, ou de parler de son état à un ami dont il se sent véritablement proche.

 

La compagne doit alors expliquer au dépendant qu'elle ne le rejette pas, mais qu'elle a aussi besoin de se préserver. La pornodépendance fait souffrir l'épouse, qui peut légitimement avoir envie de se protéger. Le dépendant est un grand garçon, qui peut comprendre que sa partenaire n'a pas forcément envie de découvrir toute la noirceur de cette face cachée de sa personnalité.

 

D. QUE DOIS-JE CONSEILLER AU DEPENDANT ?

 

Conseillez-lui tout d'abord la lecture de ce site. Votre ami pourrait bien se reconnaitre dans les articles, dans les descriptions de dépendant qui y sont faites. Conseillez-lui également de consulter les témoignages du forum.

 

Votre ami comprendra qu'il n'est pas seul à faire face à ce type de difficultés et que d'autres sont passés par là avant lui. Avec un peu de chance, cela suffira à créer chez lui la motivation nécessaire pour assumer sa dépendance, et se lancer sur la voie du sevrage. Si cela l'intéresse, il ira de lui même s'exprimer sur le forum. Généralement, les membres prennent le temps (plusieurs semaines, plusieurs mois) de parcourir le forum, d'appréhender son fonctionnement, avant de passer le cap de venir s'y exprimer. C'est précisémment pour cela que la consultation est libre et sans inscription préalable.

 

Si vous constatez que votre ami semble pas capable de se sevrer seul, qu'il a besoin d'une aide que vous ne pouvez ou ne voulez lui fournir et que la solution du forum ne semble pas lui convenir, invitez-le à consulter un spécialiste.

On éprouve généralement beaucoup moins de difficultés à parler de sexualité à un inconnu, de surcroît formé et payé pour entendre ce genre de choses - et pour ne pas les répéter.

 

Enfin, si vous êtes une compagne, je vous conseille vivement la lecture de l'article "Compagne de dépendants: aider et être aidées". Il est important que vous trouviez votre place aux côtés de votre compagnon, mais sans devenir la martyre de sa dépendance. Comme indiqué plus haut, vous n'êtes tenue de jouer que le rôle que vous souhaitez. Alors PRE-SER-VEZ-VOUS!

 

AFREG. 4ème version de l'article: décembre 2016.

 

 

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