L'ALTERATION DE LA SEXUALITE

CHEZ LE DEPENDANT

 

 

 

I. LE MAINTIEN DANS UNE SEXUALITE IRREELLE, DECONNECTEE

 

A. UNE SEXUALITE CHIMERIQUE

 

Des rapports sexuels idéalisés

 

Bien sûr, la sexualité peut être quelque chose de magnifique, mais ce n'est pas non plus toujours une chose forcément aisée. En effet, une relation sexuelle peut être source de déceptions. Un rapport peut être douloureux, ou révéler les limites physiques des partenaires. Il peut être source de toutes sortes de conflits.


La pornographie, elle, vend une sexualité utopique. Les femmes y sont perpétuellement disponibles. Il n’y a jamais de défaillance sexuelle. Les rapports sexuels y sont marathonesques, et toutes les formes de sexualité, des plus classiques aux plus extrêmes, sont envisageables. La jouissance y est omniprésente. Il n’y a pas non plus d’imperfections physiques. Bref, tous s'accordent pour le mieux dans le meilleur des porno-mondes !

 

Cette sexualité n’existe évidemment pas. Ce n'est qu'une chimère, une publicité taillée sur mesure par les pornocrates.

 

La pornographie "vend du sexe": comme toute forme de publicité, elle se doit d'idéaliser les choses.

Cependant, le dépendant aura tendance à se laisser convaincre par le mirage! Il est en effet beaucoup plus facile pour lui de se réfugier dans ce stéréotype de sexualité, que de chercher une satisfaction sexuelle dans le monde réel. Ce que proposent les pornocrates est si tentant ; pourquoi devrait-il s’y refuser ? Frédéric JOIGNOT expliquait que la pornographie constituait "pour nombre de consommateurs amateurs, une autre manière de "vivre" le sexe" (4)

 

La déception de la première fois

 

C'est un fait inquiétant, mais que nul ne peut nier: les adolescents et jeunes gens nés à partir de 1990 ont, plus encore que leurs aînés,grandi avec la pornographie, et cette dernière a "accompagné" la construction de leur identité sexuelle.

Ma génération, celle de ceux qui naviguent de 30 vers 40 ans, n'avait été finalement qu'éclaboussée par la vague porno à la fin des années 90. Les générations qui suivent sont frappés de plein fouet par le tsunami.

Quand ces jeunes gens, généralement des garçons, ont commencé à se poser les questions que l'on s'est tous posés sur la sexualité, ils ont fait confiance aux réponses que leur ont apportées sur un plateau doré les sites porno ou le film du samedi soir de Canal +.

 

Les effets d'une consommation régulière de porno sur un esprit adolescent sont désastreux. De nombreux ados n'ont jamais eu de discours pour contrebalancer celui de la pornographie, faute du recul que peut apporter l'expérience, ou parce que le sujet n'a jamais été évoqué à la maison.

Du coup, certains imaginent leur première expérience sexuelle comme une sorte de jeux du cirque de la sexualité, convaincus que tout n'y sera - ou ne devra y être - que jouissance sans bornes et performances athlétiques. Avant même d'avoir débuté leur vie sexuelle, ils hissent très haut la barre de leur propre jouissance, à un niveau olympique que leur présente la pornographie.

 

Mais à l'occasion de leur première fois, et de celles qui suivent, les jeunes découvrent comme tous ceux avant eux que la sexualité, ce sont aussi des hésitations, les limites physiques du corps, la pudeur et l'inexpérience du partenaire.

 

Les garçons constatent aussi que non, toutes les jeunes filles n'aiment pas la fellation ou la sodomie, ou que l'épilation intégrale du corps féminin n'est pas une norme. Les garçons doivent également faire face à leurs propres doutes vis-à-vis de leur performance: maintenir une érection durant des heures, comme semble le faire les hardeurs, n'est pas à leur portée. Ils se sentent inférieurs, car ils n'ont pas la compréhension des trucages que déploit le porno pour leur faire croire à l'infaillibilité des corps.

 

Les filles, quant à elles, peuvent craindre de ne pas être suffisamment sollicitantes, ou que leur propre manque d'expérience soit de nature à déplaîre à leurs partenaires. Elles se demandent si elles en font suffisamment assez, si elles ont suffisament envie . Elles peuvent craindre d'être rejetées si elles ne sont pas au niveau.

 

Et du coup, forcément, ces adolescents sont déçus. Et ils passent à côté de tout ce que la première fois peut avoir de merveilleux: un échange entre deux partenaires, l'abandon de sa confiance dans celle de l'autre, une nouvelle étape vers l'âge adulte... Ils pensent rater leur première fois parce que la prestation n'aurait pas été au niveau du standard pornographique; mais ils la ratent car ils n'arrivent pas à saisir le caractère unique de ce moment.

eunes filles

Or, pour certains adolescents, cette première expérience ratée va leur faire perdre durablement confiance en eux, car ils ne vont pas comprendre pourquoi les choses ne sont pas passées dans les films. A défaut de point de comparaison, ils ne comprennent pas qu'ils ne sont pas moins doués que les autres ados de leur âge, et que c'est ce que montre les films X qui est irréaliste.

Les jeunes garçons peuvent également développer une forme de déception vis-à-vis des jeunes filles de leur âge, "coincées" ou "différentes" si on les compare aux actrices de leurs films favoris. Cela peut avoir deux conséquences:

- soit la recherche de partenaires sexuels convenant à leurs fantasmes pornographiques, recherche que l'on sait par avance vaine

- soit un désintérêt pour la sexualité relationnelle au profit de la masturbation, qui est un "refuge" rassurant - l'adolescent n'ayant alors pas à y affronter ses angoisses et ses peurs liés à ces premières expériences ratées.

 

EXTRAITS DU TEMOIGNAGE DE BENTHOMAS, DEPENDANT EN COURS DE SEVRAGE, 27 JANVIER 2011

 

"A 16 ans, première "vraie" copine. Tout se passe bien au début, je l'aime, enfin pense l'aimer. Puis arrive la première relation sexuelle. Je m'attendais à quelque chose de phénoménal. Finalement très déçu [parce] que je n'ai pas éjaculé. Au fur et à mesure que nous nous voyions, elle voulait souvent faire l'amour. Mais moi, tellement déçu par cette première expérience, je préférerais le porno à elle. Comme je n'ai jamais éjaculé avec elle, elle en a déduit qu'elle ne m'excitait pas et m'a donc quitté."


Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

Pour les jeunes filles, généralement beaucoup moins enclines à la dépendance, le vécu est souvent tout autre.

 

Beaucoup attendent de leur premier partenaire de l'affection, de la tendresse en plus du seul plaisir sexuel.

 

Or, le porno n'apprend pas aux garçons à être tendres ou affectueux avec les femmes, qui ne sont présentées que comme des objets sexuels. En terme d'ego, dur d'avoir la sensation de n'avoir été traitée que comme un simple morceau de chair lors de son premier rapport sexuel.

 

 

Une vaine recherche de partenaires sexuels

 

Dans la très grande majorité de sa production, la pornographie présente les femmes comme des poupées de chair perpétuellement disponibles, et entièrement soumises au plaisir des hommes. Les femmes n'ont pas de limites dans leurs pratiques, si ce ne sont celles que leur imposent (très rarement) les hommes. Le dépendant a intériorisé cette vision de la sexualité. De façon plus ou moins consciente, plus ou moins admise, il croît ou espère que la sexualité se passe de cette façon.

Se posera alors pour lui la douloureuse étape du retour à la réalité! Cette vision de la sexualité est évidemment complètement erronée. La sexualité se construit bien autour du respect et de l’écoute l’un de l’autre. En termes de pratiques, on ne peut aller au-delà du seuil le plus bas des partenaires. Or, le dépendant rêve d'une sexualité hors-normes, ne trouvant plus de satisfaction dans la sexualité conventionnelle.

 

Aussi, nombre de dépendants entretiennent une forme de déception, de rancoeur vis à vis de la sexualité classique. Ils ont beaucoup de mal, dans la "vraie vie", à trouver les partenaires dont ils rêvent, et encore plus à établir une relation sur le long terme (4). Ils cherchent désespérément la sexualité inventive que leur vend la pornographie. Or, comme le rappelle le psychanalyste Gérard Bonnet, « il n’y a pas de sexualité possible sans répétition : depuis la plus haute antiquité, on s’est efforcé d’enseigner aux hommes comment varier les plaisirs, diversifier les positions, multiplier les expériences, et les sexologues comme les magazines spécialisés rivalisent d’inventivité. Mais quoi que l’on fasse, cela aboutit au même résultat. » (2)

 

B. L'ENTRETIEN DE LA MISERE SEXUELLE ET DE LA FRUSTRATION

 

La frustration est le moteur de la pornographie

 

Le consommateur peut également éprouver du désintérêt, ou de la peur, pour les relations sexuelles conventionnelles. En effet, il crève d'envie de faire ce qu'il voit à l'écran, mais sait parfaitement que cela lui est impossible. Il ne connaît pas les partenaires sexuels adéquats (ces derniers existent-ils seulement?); il ne peut physiquement se soumettre à cette sexualité extrême qui l'attire. Ou bien, il y a goûté, mais en est revenu extrêmement déçu.

Dans tous les cas, le dépendant éprouve une véritable misère sexuelle, "cette misère est grande, car les gens ont des tas de représentations sur ce qu'ils pourraient faire et ils crèvent à petit feu parce que ce rêve ne se réalise pas" (2). C'est cette misère qui est bonne pour la pornographie, car elle est la pierre angulaire du marché: les frustrés consomment pour évacuer leur frustration, et sont frustrés parce qu'ils consomment de la pornographie.

Dans son livre Gang Bang, enquête sur la pornographie de la démolition (4), le journaliste Frédéric Joignot fait un parallèle entre la vision des films pornographiques et la visite aux prostituées. Toutes deux sont en effet de vaines tentatives de combler une misère sexuelle. Cependant, la grande différence est que la consommation de pornographie n’est pas considérée par son usager, comme une forme de tromperie. Elle est également socialement beaucoup mieux admise. L'échange d'un acte sexuel contre de l'argent est aussi illégal dans de nombreux pays du monde, le risque juridique pouvant peser selon les pays soit sur la ou le prostitué(e) (principe d'un délit de racolage), soit sur le client consommateur (ce qui est le cas en France depuis 2016).

 

Mais la pornographie n'est pas du tout un palliatif aux sexualités défaillantes. Au contraire: en entretenant le fantasme d’une sexualité irréelle, elle est la cause de la frustration de ses utilisateurs.

 

La pornographie empêche la formulation de fantasmes autonomes

 

Un fantasme est l’expression d’une pensée sexuelle dans un contexte précis. Elle découle principalement du vécu du fantasmeur, éventuellement de la connaissance ou de l'imagination du vécu du fantasmé, d’un contexte particulier (lieu de travail, de vacances, nature des rapports sociaux ou professionnels entre le fantasmeur et le fantasmé, etc.), ou d'un scénario particulier (situation insolite, positions particulières, etc.)

 

La pornographie impose des fantasmes. La pornographie, en effet, ne laisse nullement place à l’imagination : elle impose des vues sexuelles, des positions. Elle standardise les fantasmes.
Le dépendant est tellement habitué à ce que la pornographie lui fournisse un univers fantasmatique "prêt-à-l'emploi",
qu'il peut se révéler incapable d'en développer un tout seul.

 

D’ailleurs, chez nombre de dépendants, les fantasmes les plus courants sont directement puisés dans l'imagerie de la pornographie (relation à plusieurs, soumettre sa compagne à un ou plusieurs inconnus, fantasmes de lingerie, de relations sexuelles filmées, de photos érotiques…)
A partir du moment où le dépendant n’est plus capable de formuler seul un fantasme, il ne peut se le réapproprier. Il ne fait que projetter sur le corps de l’autre ce qu’il a vu à l’écran. La richesse de ses relations sexuelles ne peut qu'en pâtir.

 

EXTRAITS DU TEMOIGNAGE DE C'EST QUAND LE REVEIL?, 8 OCTOBRE 2017

 

"Ma nouvelle dépendance est la consultation quasi quotidienne de sites d'escort-girls. Cette dépendance a en quelque sorte remplacé ma dépendance à la pornographie (...) Mes demandes, mes désirs, sont liés directement à "l'univers porno", dus à ma consommation durant des années de pornographie. Je chercher à réaliser ce qui m'excitait le plus dans le porno (...)


Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

 

L'illusoire et désastreuse théorie de la catharsis

 

Dans les années 1960, le psychiatre américain Seymour Feshbach avait mis en concept la théorie dite de la "catharsis pornographique": selon cette théorie, regarder du porno aurait permis d'apaiser les tensions et frustations sexuelles, et aurait même produit pour les corps et l'esprit des effets proches de ceux d'une relation sexuelle. Cette théorie a eu le vent en poupe jusqu'aux années 90 inclus, et a amené des générations de psychologues et sexologues à encourager l'utilisation de la pornographie dans le cadre du traitement des difficultés sexuelles - notamment au sein du couple.

 

Les travaux menés depuis les années 2000 ont cependant prouvé l'incongruité de cette théorie. En effet, aucune étude n'a jamais démontré que là où il y avait de la consommation de pornographie,il y aurait moins de frustration sexuelle. A l'inverse, de nombreux travaux ont démontré que la consommation de pornographie creuse le manque beaucoup plus qu'elle ne le comble, entraînant le pornodépendant dans une boulimie d'images sans fin; la pornographie ne soigne donc pas la frustration, mais au contraire, l'entretient ! Ici, le remède favorise le mal.

 

Egalement, nombre de délinquants et criminels sexuels avouent être passé à l'acte en vue de réaliser leurs fantasmes pornographiques; la pornographie a pris chez eux les contours de l'allumette qui a mis le feu aux poudres, au lieu d'apaiser les braises.

 

Seymour Feshbach lui-même a par la suite reconnu l'incongruité de sa théorie. Malgré tout, certains "spécialistes", peu enclins à la remise en question, s'y réfèrent encore.

 

L'habituation à une vision extrême et violente de la sexualité

 

La pornographie présente une sexualité « de l’extrême », où les rapports conventionnels sont dénigrés au profit d’actes plus poussés, plus techniques, mais aussi plus violents.
Le dépendant trouve son excitation dans cette monstration de technicité et de violence. Petit à petit, par un phénomène d’habituation, il ne trouve plus d’excitation dans des rapports conventionnels. Seule la vision de rapports extrêmes arrive encore à l'exciter. Au fur et à mesure, le dépendant augmente les doses de "hard", afin de maintenir son excitation.

 

EXTRAITS DU TEMOIGNAGE DE LEO1989, 15 SEPTEMBRE 2018

 

"Le porno sur Internet m'a toujours semblé naturel et ça me convenait, et puis je suis tombé dedans très jeune...

Le truc c'est que cette dépendance me dépasse aujourd'hui. Je regarde des trucs de plus en plus barrés car ça me fait de moins en moins d'effet. C'est comme une drogue et ça m'empêche de profiter du peu de vie sociale que j'ai dans la vraie vie"


Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

 

TEMOIGNAGE

Mathias, 32 ans, marié, deux enfants, a vécu l’engrenage du sexe par cyberprocuration : « Je passais des heures à me caresser devant l’écran. Il m’en fallait toujours plus. Toujours plus cru, toujours plus hard. Mais au bout d’un certain temps, je finissais par m’habituer. »


Source : Le concensus pornographique, par Xavier Deleu (08)

 

 

TEMOIGNAGE

Claude passe ses nuits entières devant son ordinateur, et désinvestit toute vie familiale, il ne partage plus rien avec sa femme ni avec leurs deux enfants. Dès qu’il rentre du travail, il se jette sur son PC pour ne tout juste décrocher qu’au moment des repas. Mais plus encore, Claude se focalise sur des sites pornos qui dégoûtent sa femme.
(…) Evidemment, les heures de connexion ont augmenté, mais c’est surtout parce que sa femme l’a récemment surpris sur un site d’images de viol. Claude reconnaît que cela lui pose maintenant également problème. Son mode de consultation des sites a effectivement changé. Comme une drogue, il lui en faut de plus en plus pour trouver le plaisir et l’excitation – une sorte d’escalade des fantasmes dans des sites de plus en plus « glauques ».


Source : Accros à l’écran ? Et pourquoi pas ! Du Tamagotchi au Cybersexe, Entretiens avec Jean-Claude Matysiak et Odile de Sauverzac (09).

 

La situation peut se révéler dramatique lorsque le dépendant essaie d'imprimer sur sa partenaire les fantasmes violents qu'il a intériorisés. Ces dernières ne suivent pas forcément leurs compagnons dans leur univers fantasmatique. Certaines, au lieu de s'opposer, se résignent, ce qui peut entraîner les séquelles psychologiques qu'on imagine.

 

Je propose sur le www.pornodependance.com, des questionnaires d'évaluation des pratiques et de situations de dépendance; un questionnaire est également dédié aux compagnes de dépendants.

Une des questions posées est la suivante:

"21) Lors de vos rapports, vous êtes-vous déjà contrainte à une attitude qui ne vous plaisait pas, suite à l'insistance de votre compagnon?" (Plusieurs réponses possibles: si vous avez réalisé une ou plusieurs des attitudes ci-dessous sans sentiment de contrainte, répondez non")

Je précise que le préalable requis pour répondre à ce questionnaire, est d'être en couple avec une personne pornodépendante.

 

Les réponses récoltées au 20 novembre 2018 sont édifiantes: sur 170 réponses reçues, seulement 70 femmes déclarent ne pas avoir subi de contraintes durant les rapports sexuels (trois de plus déclarant n'avoir aucun rapport sexuel avec leur conjoint), soit à peine une femme sur deux! 57% des femmes répondantes déclarent en effet avoir subi des contraintes durant leurs rapports sexuels.

 

Je proposais à cette question un choix entre certaines réponses définies. Pour ces dernières, les résultats sont les suivants:

- 25,9% des femmes déclarent avoir subi des pratiques sexuelles ou des positions particulières qu'elles n'avaient pas sollicités;

- 12,4% des femmes déclarent avoir été la cible d'un langage grossier ou humiliant durant les rapports;

- 5,9% des femmes déclarent s'être vus contraintes au port de lingerie ou de tenues particulières;

- 1,8% des femmes déclarent avoir été contraintes à des pratiques d'exhibitionnisme;

- 4,7% des femmes déclarent avoir été contraintes à des relations sexuelles violentes.

 

Et je précise que suite à un bug technique, une seule réponse était possible! Les commentaires que j'ai reçus font état de plusieurs répondantes qui auraient aimé pouvoir choisir plusieurs réponses (cette correction a depuis été apportée au questionnaire)

 

Les répondantes avaient aussi la possibilité de s'exprimer librement sur d'autres pratiques contraintes. Toutes les réponses spontanément données convergent vers une maltraitance physique ou morale de la partenaire: des relations à plusieurs non désirées, une obligation de crier comme les actrices de films (et ce en dépît du caractère "bloquant" qu'a cette pratique pour la partenaire), des pratiques de fellation gorge profonde non sollicités, des rapports sexuels en l'absence d'envie.

 

 

Richard Poulin, à l'occasion des travaux de son livre "La Violence pornographique" (07) , avait posé cette simple question à des femmes interviewées: "avez-vous déjà été indisposées par quelqu'un qui voulait vous amener à faire quelque chose qu'il avait vue dans des livres, des images ou des films pornographiques? Si oui, pourriez-vous nous parler brièvement de l'expérience qui vous a le plus choquée?" (07)

 

Les réponses qu'il a récoltées font elles aussi état de cette même violence:

 

"Réponse D : Il s’agissait de gifles et des coups. Le plus troublant, c’est qu’il pensait que cela m’excitait.
Réponse G : Mon mari aime beaucoup les films pornos. Ses idées de m’introduire des objets dans mon vagin m’avaient toujours choquée. Il avait l’habitude de m’obliger à le faire, ou de mettre lui-même tout ce qu’il voulait dans mon vagin.
Réponse H : Il m’avait forcée à le sucer. Il voulait aussi verser du champagne sur mon vagin.
Réponse I : Le coït anal. Quand je lui ai dit « non », il l’a fait quand même. Cela m’a fait terriblement mal."

 

 

C. L'ENTRETIEN D'UNE PRATIQUE MASTURBATOIRE EXCESSIVE

 

La masturbation (ou onanisme) est une activité inséparable de la consommation de pornographie. En effet, la masturbation est à la fois la cause et la conséquence de la pornographie; le consommateur de pornographie se masturbe parce qu’il voit du porno ; il voit du porno pour pouvoir s’exciter et se masturber. Très rares sont donc les consommateurs de pornographie qui ne se masturbent pas devant; tout aussi rares sont les consommateurs de pornographie qui se masturbent encore sans support visuel.

 

La masturbation n'est pas, en elle-même, une activité problématique: il s'agit d'une forme de sexualité apte à apporter du plaisir et du soulagement à celui qui la pratique, tant que cette dernière est réalisée par plaisir.

 

Mais pour le dépendant, la pratique de la masturbation prend un tour compulsif, obsessionnel. Le dépendant a recours à la masturbation par besoin ou par habitude, beaucoup plus que par plaisir. Certains dépendants continuent de se masturber de façon compulsive, quand bien même ils ont accès à un partenaire sexuel régulier.

Le dépendant perd alors petit à petit son intérêt pour la sexualité "relationnelle". Ce qui excite le dépendant, ce ne sont plus tant les scènes pornographiques qu’il fait défiler dans sa tête : mais bien le fait de les faire défiler. Le sexe devient pour le dépendant une « affaire cérébrale, une fantasmatisation pratique (…) déconnectée de la relation à autrui » (2). Cette dernière est en effet beaucoup plus hasardeuse, et peut se révéler plus décevante, qu’une séance de masturbation qu'on a l'impression de maîtriser. Les dépendants ont abandonné l'aspect relationnel du sexe, au profit d'une vision uniquement fantasmatique. Ils ne ressentent plus autant de désir et de plaisir qu'avant à faire l'amour avec un(e) partenaire.

 

 

EXTRAITS DU TEMOIGNAGE DE CAVEMAN, 13 FEVRIER 2018

 

"Je me suis vraiment inquiété lorsqu'avec ma copine, je n'avais presque plus envie de coucher avec elle, mais j'attendais d'être seul pour pouvoir regarder du porno. La masturbation me satisfaisait plus qu'une vie sexuelle à 2"


Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

 

EXTRAITS DU TEMOIGNAGE DE SUPERNONO64, , 12 JUILLET 2018

 

"La semaine dernière j'ai regardé presque tous les jours de la pornographie et je me suis masturbé 15 fois en tout, j'en ai consommé autant pour me dégoûter de la pornographie, pourtant je sais qu'il ne faut pas faire ça car le cerveau enregistre les nouvelles images"


Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

EXTRAITS DU TEMOIGNAGE DE DUANRA, DEPENDANT EN COURS DE SEVRAGE, 14 JUIN 2018

 

"Je suis fasciné par le porno. Et maintenant avec Internet c'est devenu tellement facile que j'ai de plus en plus fréquemment visualisé des vidéos en me masturbant bien entendu. Tellement que ça devient presque insurmontable de ne pas me faire ma petite séance porno branlette tous les matins. Le souci c'est que du coup ma libido avec ma femme est quasi nulle. J'ai bientôt plus de plaisir à me branler qu'à faire l'amour avec la femme que j'ai toujours aimé. Il faut que je réagisse sinon je vais tout foutre par terre"


Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

 

La masturbation devient pour le dépendant sa principale, sinon unique, forme de sexualité. Mais cette dernière ne saurait satisfaire pleinement un individu, dans la mesure où la relation à l’autre est ici inexistante. La pornographie entretient ainsi la frustration: le dépendant se masturbe parce qu’il ne peut pas faire autrement ; mais sait-il encore faire autrement ?
Le dépendant s’entraîne lui-même dans un cercle vicieux de misère sexuelle, dont il lui sera difficile de sortir. Il se masturbe pour oublier sa misère sexuelle et sombre dans la misère sexuelle parce qu’il se masturbe.

 

III. L'ALTERATION DE LA SEXUALITE DU DEPENDANT: EFFETS A COURT ET LONG TERME

 

La pornographie devrait, en théorie, stimuler la libido, par l’hypertrophisation de la pulsion sexuelle.
A court terme, elle maintient le consommateur dans une sorte d'état d’excitation sexuelle permanente. Ce dernier a alors tendance à projeter des images, des fantasmes sur celles ou ceux qui l’entoure. Il est sexuellement et continuellement surexcité.
Mais à long terme, l’usage continu de pornographie entraîne une lassitude vis-à-vis de la sexualité. Une sorte de ras-le-bol, un sentiment de « déjà vu » saisit le consommateur; à long terme, le pornodépendant perd son excitation.
Il convient de préciser que cette observation ne s’applique pas aux pervers sexuels. Pour eux, la pornographie jouera surtout un rôle dans l'entretien de leurs perversions; la phase de dégradation de la libido sera souvent remplacée par une phase de passage à l'acte.

 

A. A COURT TERME: LE MAINTIEN D'UNE EXCITATION PASSAGERE

 

Une excitation sexuelle entretenue

 

L'accoutumance à la pornographie a tendance à hypertrophier la pulsion sexuelle, qui devient alors susceptible d'être constamment éveillée. L'accro à la pornographie projette ses fantasmes sur celles ou ceux qu'ils rencontrent. La consommation de pornographie est donc logiquement suivie d’une phase de formulation de fantasmes. Cela explique la raison pour laquelle on a besoin de se masturber après avoir regardé de la porno: pour donner un exultoire physique à cette formulation de pensée sexuelles que l'on arrive plus à contenir.

 

C'est pour cette raison également que certains couples utilisent de la pornographie en prélude d'un rapport sexuel, en vue de provoquer artificiellement cette excitation ou bien de la sublimer. Et c'était aussi la base de la théorie de Seymour Feshbach: utiliser ce "pouvoir dopant" de la pornographie pour pallier les défaillances sexuelles.

 

C'est aussi malheureusement la raison pour laquelle nombre de délinquants et criminels sexuels annoncent être passés à l'acte, en vue de réaliser quelque chose qu'ils avait vu dans une vidéo ou dans un magazine porno. Les délinquants et criminels sexuels sont des individus qui contiennent mal leurs pulsions: la pornographie, en les titillant, en favorise le débordement.

 

 

B. A LONG TERME: UNE ALTERATION DE LA LIBIDO

 

Une perte d'intérêt pour la sexualité conventionnelle...

 

De nombreux témoignages attestent que, à long terme, les consommateurs assidus de pornographie perdent peu à peu leur intérêt pour les rapports sexuels.

 

Ainsi, pour son livre La Perversion ordinaire, le psychiatre Jean-Pierre LEBRUN recueillait le témoignage d'une jeune fille déplorant que son « mec est tellement gavé de films porno qu’il met maintenant des heures à jouir. Plus rien ne le bouleverse ! » (1)

A force de visionner des images non stop de couples en plein ébat sexuel, nombre de consommateurs surexposés viennent à ressentir une certaine lassitude. Le sexe a perdu sa dimension relationnelle, son sens affectif, pour ne devenir qu’une succession de poses techniques sans saveur.
Pour d’autres, qui se noient dans la pornographie, il finit par leur devenir évident que le monde réel ne peut abreuver l’univers fantasmatique que leur promet la pornographie. Le sexe « réel » perd alors son intérêt, au profit de l'unique sexualité virtuelle.

 

La seule étude expérimentale sur le sujet à ce jour, a révélé qu’une exposition continue ou répétée aux stimuli érotiques pendant plus de 15 jours avait pour résultat une saturation (diminution marquée) de l’excitation sexuelle et de l’intérêt porté à ces matériaux. Dans cette expérience, l’introduction de stimuli sexuels originaux régénerait partiellement l’intérêt saturé; il se produisait également un renouveau d’intérêt après deux mois de non-exposition. (1)

 

EXTRAITS DU TEMOIGNAGE DE SHERMAN, 11 OCTOBRE 2018

 

"Je suis dépendant depuis l'âge de 14 ans. Chaque jour je me masturbais au moins une fois par jour, surtout le soir. J'ai rencontré une fille qui est à présent ma femme. J'ai essayé le sevrage mais j'ai échoué plusieurs fois. En parallèle à ces échecs, j'essuyais d'autres revers: je n'arrive pas à avoir une sexualité normale avec ma femme. Ejaculation précoce, panne d'érection, absence de libido pendant plusieurs jours... Maintenant j'ai des problèmes avec ma femme qui me reproche d'être froid. Je ne veux pas la perdre (...) Je me suis désintéressé de la sexualité relationnelle et conventionnelle. C'est affreux. J'ai besoin d'aide pour retrouver une libido normale et j'ai peur de ne plus en retrouver tout simplement."


Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

EXTRAITS DU TEMOIGNAGE D'HETFIELD, 5 MAI 2014

 

"(...) Il y a toujours cette croyance en moi que si j'arrive à me passer de porno définitivement, je retrouverai un réel épanouissement sexuel et une meilleure confiance en moi. Pourquoi? Parce que les femmes du quotidien sont moins attirantes quand on regarde de la pornographie (où toutes les actrices sont maquillées) et qu'il est plus dur pour moi d'éprouver un désir sexuel envers une femme en chair et en os quand mon cerveau a été habitué aux images depuis mon adolescence (...)

Mais qui ce me gêne, c'est:

- mon incapacité à éviter tout support visuel pour susciter en moi le désir sexuel

- ma préférence plus ou moins avouée que je préfère un bon porno qu'une véritable partie de jambes en l'air..."

 

Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

 

...y compris chez ceux qui travaillent au plus près de la pornographie

 

Plus édifiants encore sont peut-être les témoignages de gens côtoyant au plus près le milieu de la pornographie, qu'ils y travaillent ou en soient juste des observateurs réguliers.

 

Ainsi, Anne Steiger a été durant cinq ans la « madame sexe » de différents magazines pour adolescents. Elle a écrit sur le sexe a peu près tout ce qu’il était possible d’écrire, le plus souvent sur un ton parodique, au détriment de toute crédibilité journalistique, et raconte son expérience dans son livre « La vie sexuelle des magazines : comment la presse masculine manipule notre libido et celles ados » (Editions Michalon, 2006). (3)

A l’issue de cinq années d’intenses rédactions sexuelles, elle, qui se décrit comme étant auparavant, « plutôt à l’aise avec sa sexualité », en est venue, dans un chapitre judicieusement intitulé « Mes écrits m’ont tuée », au constat suivant : « impossible dorénavant de me laisser aller avec mon partenaire. La douleur. Le médecin vous dit que c’est une phobie de la pénétration. Par anticipation à la douleur, vous vous crispez, ce qui fait augmenter la douleur » (...) « Plusieurs mois se sont écoulés, je me suis décoincée. La sexualité a enfin retrouvé sa dimension magique ».

 

La responsable du stand de la Délégation Générale de la Santé, dans les différentes « foires au sexe », comme par exemple le salon de l’érotisme à Paris, exprime sa fatigue « à force de voir » défiler la pornographie devant ses yeux. Elle dit même qu’elle n’a plus de « libido ». (2)

 

Milukman (c’est évidemment un pseudonyme) était un responsable de sites pornographiques sur Internet.
Dans son ouvrage « X Business, Les dessous du sexe sur Internet » (Editions First, 2009), il s’exprime ainsi : « Une question revient souvent : travailler dans le X, que ce soit en tant qu’éditeur, producteur ou webmaster, n’engendre-t-il pas une certaine lassitude du sexe ? On ne peut nier que le fait de travailler dans ce business peut parfois engendrer une frustration sexuelle et perturber certains esprits. Il est évident qu'une personne instable, ayant une propension à la déviance sexuelle, qui se lance dans le X business par amour du porno, obsédée par le cul et qui, dès le départ, a une vie sexuelle misérable, n'évoluera clairement pas vers la sérénité la plus absolue en travaillant dans ce secteur. » (5)

 

C. DES CAS D'IMPUISSANCE AVERES

 

Les travaux de la sexologue Andrée Matteau

 

La sexologue Andrée Matteau est une des pionnières de la recherche sur les effets physiologiques de la pornographie. Richard Poulin, dans son livre La Violence pornographique (07), retrace une expérience qu’elle a menée :


« Elle avait comme patient un homme souffrant d’impuissance secondaire, c'est-à-dire d’une incapacité d’être en érection suffisante pour avoir une relation sexuelle complète. Elle lui demande de bien vouloir se prémunir d’un pléthysmographe, un appareil qui enregistre les variations et la circonférence du pénis, ce qui permet d’évaluer le niveau d’excitation sexuelle.
Le patient est invité à regarder une série de diapositives représentant l’action d’une effeuilleuse
[note: ce terme est synonyme de stripteaseuse].
Lentement, l’aiguille de l’appareil de rétroaction du pléthysmographe enregistre les variations de la tumescence pénienne et montre les degrés d’excitation sexuelle. Tout va bien, le patient peut facilement être érection et peut la maintenir.
Voilà donc un patient qui souffre d’impuissance secondaire et qui ne peut pas faire l’amour. Par contre, il n’a aucun problème d’impuissance lorsqu’il est mis en présence de matériel pornographique
. »

 

Le problème de ce patient n’est donc pas strictement physique, puisqu’il arrive à maintenir une érection. Son problème est que seule la pornographie l’excite suffisament pour maintenir cette érection.

Ce patient a donc déplacé son excitation de la vision du corps de la femme, à la montrance du corps de la femme. Sans excitation pornographique préalable, il est complètement incapable d’avoir une relation sexuelle continue: « Malgré un traitement sexologique complet, ce patient a continué à souffrir d’impuissance secondaire. Bref pour lui, le rapport sexuel fantasmagorique est resté plus satisfaisant que le rapport sexuel réel. » nous explique Richard Poulin.


Des cas d'excitation insuffisante, sans recours à un stimuli d'origine pornographique

 

Une autre forme d’impuissance, est la nécessité pour un certain nombre d’hommes, pendant les rapports sexuels, d’avoir recours à un imaginaire pornographique pour pouvoir maintenir une érection suffisante.
Richard Poulin rappellait à ce titre le cas de cet homme, incapable d’être suffisamment excité par sa partenaire si celle-ci ne revêtissait pas les sous-vêtements érotiques adéquats : ce dernier avait découvert la pornographie vers l’âge de 7-8 ans, par le matériel pornographie de son père.

 

 

TEMOIGNAGE DE JUJUD, 12 SEPTEMBRE 2018

 

"J'ai 32 ans, accro au porno depuis mes 14 ans (...) J'ai eu ma première copine sur le tard, à l'âge de 21 ans. Au début sexuellement tout se passait bien, à part des difficultés a éjaculer avec ma petite amie de l'époque, j'arrivais à combiner PMO [note: ces initiales sont fréquemment utilisées par les utilisateurs du forum, pour désigner la pratique combinée du visionnage de pornographie et de la masturbation jusqu'à l'orgasme]. Puis au bout de quelques mois, impuissant avec ma petite amie, et dur comme fer devant le porno. Relation terminée, j'ai ensuite connu d'autres petites amies, même des relations tarifées, et toujours cette incapacité à éjaculer.


2011 je rencontre une femme avec qui je vais partager 7 ans de vie commune, mais avec plus de 5 ans sans relation sexuelle liée a mon impuissance. Impossible pour moi d'arrêter le PMO, que je pratique 2 à 3 fois par jour. Cette relation a pris fin en début d'année, comme vous vous le doutez, à cause des rapports sexuels inexistants. J'ai suite à ça eu une sex-friend : aucun problème. Je pouvais enchaîner 3 a 4 rapports de suite. Mais ce fut une aventure très brève.


Depuis un peu plus de 3 mois j ai entamé une nouvelle relation sérieuse, et les rapports sexuels sont aussi très mauvais, par ma faute. Même avec une pilule bleue, je n'arrive pas à maintenir une érection. Je suis arrivé à un stade où j'ai peur de dormir avec elle. Je focalise énormément sur ce problème
(...)

 

Je suis vraiment à bout. J'ai envie de retrouver des érections fortes pour pouvoir faire l'amour à ma partenaire et sauver mon couple, si c'est encore faisable (...)"

 

Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

 

TEMOIGNAGE DE FUEGO27, 17 AVRIL 2016

 

"(...) Associer le porno pendant la phase de puberté autant dire que mon cerveau est déréglé dès le départ. Quand sont arrivés mes premières tentatives de rapports réels avec des partenaires c'était impuissances sur impuissances à cause de la consommation de porno qui m'a habitué à l'excitation basée sur des vidéos (...)"

 

Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

 

TEMOIGNAGE DE JEROME77170, 22 NOVEMBRE 2016

 

"Je pense avoir toujours été pornodépendant mais ce n'est qu'aujourd'hui que je l'admets car je ne veux pas perdre ma femme et famille.

En effet depuis un an, j'ai des pannes sexuelles. Des problèmes à avoir une érection. Et depuis un mois, c'est carrément devenu impossible car j'y pense en permanence et cette obsession m'inhibe complètement (...)

J'ai vraiment envie de redevenir "normal", de ressentir l'excitation monter à l'idée de faire l'amour à la femme que j'aime, d'avoir une érection quand elle me caresse.

Je ne me suis pas masturbé depuis 10 jours (...) J'ai constaté que les deux dernières nuits, j'ai eu des érections nocturnes et matinales (certes pas à 100% dures) et ça m'a donné du moral car je me suis dit que j'en étais capable naturellement et que la "machine" n'est pas totalement bousillée (...)"

 

Source : Témoignage issu du forum du www.pornodependance.com

 

 

D. LA PORNOGRAPHIE NE MODIFIE PAS VOTRE ORIENTATION SEXUELLE

 

Je suis ponctuellement destinataire d'expression de consommateurs hétérosexuels de pornographie qui, parce qu'ils ont senti une forme de plaisir devant du porno gay, se mettent à douter de leur orientation sexuelle. Un des termes que l'on m'écrit le plus est celui du "toc homo", qui serait une sorte de pulsion homosexuelle incontrôlable. Cette peur est d'autant plus marquée chez des hommes pour qui, vraisemblablement, une orientation homosexuelle serait vécue à la fois comme un drame intérieur et un drame social. Cette même peut être également ressentie par des femmes hétérosexuelles devant les films lesbiens, même si la généralisation des scènes lesbiennes dans les films hétérosexuels trouble le jeu.

 

Soyons clair: le toc homo n'existe pas. Je n'ai jamais trouvé d'études ou simplement d'articles scientifiques de rigueur évoquant le sujet, mais simplement des évocations qui se répètent de forum de discussion en forum de discussion. Cependant un mensonge ne devient pas une vérité parce qu'on le répète...

 

L'idée d'un "toc" peut être populaire chez les hommes qui ressentent une véritable peur à l'idée d'être homosexuels; un toc évoque la maladie et la maladie une chose que l'on se "soigne", et donc que l'on "guérisse"; c'est l'idée qu'on pourrait se délester de cette attirance non souhaitée par le traitement adéquat. Ces hommes, sans être homophobes, sont terrifiés à l'idée de pouvoir devenir homosexuels et de devoir être socialement connus comme tels: c'est ce q'en psychanalyse on appelle une phobie d'impulsion: la peur de ce qu'on pourrait être.

 

Mais s'il y a une chose que ne fait pas la pornographie, c'est changer l'orientation sexuelle. La pornographie hétérosexuelle, avec ses acteurs surpuissants et ses femmes perpétuellement disponibles, flatte une certaine conception de la virilité hétérosexuelle. Le porno hétéro ne montre jamais de scènes uniquement entre hommes; et dans les scènes où plusieurs hommes interagissent avec un ou plusieurs femmes, ils n'ont pas de contact entre eux. Il y a bien des scènes entre femmes, mais elles sont tournées selon le code du porno hétérosexuel, autour du fantasme que se font certain hommes de la sexualité des lesbiennes. Il y a évidemment du porno gay, mais qui précisémment, dans la façon dont il se diffuse, dans les codes spécifiques qu'il utilise, s'adresse très prioritairement à des hommes qui assument une attirance homosexuelle.

 

L'orientation sexuelle est comme une ligne reliant l'hétérosexualité et l'homosexualité. Nous sommes tous quelque part sur cette ligne, plus ou moins proche de l'un des deux bouts. Dans nos sociétés qui favorisent la monogamie, on nous encourage à choisir plutôt une des deux extrémités, donc à "opter" pour l'attirance dont on se sent le plus proche. Parfois également, le choix est mal vécu, souvent quand il est le fruit de pressions extérieures (pression sociale ou familiale): c'est le refoulement. Parfois aussi, on s'accorde la liberté de ne pas choisir et d'opter pour la bisexualité. Mais dans la grande majorité des cas, on fait un choix net, en fonction duquel va se développer notre univers pulsionnel. L'attirance non satisfaite, minorée, va peu à peu s'enfoncer dans notre inconscient, sans qu'on en souffre ni qu'on y pense; et les pulsions associées vont être "matées" par notre inconscient.

 

Or, c'est précisémment ça que va ôter la pornographie: le contrôle des pulsions inconscientes. Comme l'ensemble de la sexualité, cette part enfouie en nous peut être chamboulée par le bousculement libidoïque généré par la pornographie. On peut alors se mettre à fantasme sur des formes de sexualité qu'on jugera "alternatives" selon notre vécu: sexe avec des prostitué(es), des escorts, sexualité à plusieurs, et éventuellement sexualité homosexuelle. En synthèse: la pornographie ne rend pas homosexuel, mais désorganise l'équilibre insconcient de la sexualité. L'arrêt de la consommation et un sevrage rigoureux permettent de retrouver cet équilibre.

 

AFREG. 4ème version, février 2019.

 


.......Citations:

 

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